Madagascar a décidé comme jamais dans le passé, de ne plus subir sa dépendance stratégique et d’assumer pleinement ses choix en matière de sécurité. Le nouveau régime a engagé une réflexion concrète sur la création d’une usine nationale d’armement. L’annonce a été faite à Ivato par le Président de la Refondation de la République, le colonel Michaël Randrianirina, à son retour d’un voyage officiel à Abu Dhabi. Il a confirmé qu’un accord avait été signé avec une société chinoise pour lancer ce projet sur le sol malgache. Aucun détail n’a encore été communiqué sur la nature exacte de l’usine ni sur l’identité du partenaire. Le chef de l’État a simplement indiqué que des avancées seraient connues dans les semaines à venir.
Ce projet marque un tournant majeur. Pour la première fois, les autorités évoquent ouvertement la construction d’une capacité industrielle locale dans le domaine de l’armement. Jusqu’ici, Madagascar dépendait presque entièrement de partenaires étrangers pour équiper ses forces, malgré l’existence de l’usine d’armement de Moramanga. Même sans précisions techniques, le signal politique est fort. Le pays affirme sa volonté de devenir plus autonome et de ne plus confier sa sécurité à la France.
Ce changement de cap s’inscrit dans un contexte plus large. Après le soulèvement populaire d’octobre 2025, le colonel Randrianirina prenant les rênes du pays a discrètement suspendu la coopération militaire avec la France. Les cinq coopérants militaires français encore en poste ont reçu l’ordre de ne plus se présenter à leur travail, officiellement pour des raisons de sécurité. Officieusement, cette décision serait une réponse directe à l’exfiltration de l’ancien Président Andry Rajoelina par un avion de l’armée française. Pour éviter une crise diplomatique ouverte, l’ordre est resté secret et a été transmis uniquement de manière verbale. Les coopérants français chargés de la sécurité intérieure, y compris ceux de la gendarmerie, sont en revanche restés en poste, tandis que l’ambassade de France hésite toujours à rappeler définitivement les coopérants militaires.
Avant le départ de Rajoelina, neuf coopérants français étaient intégrés aux forces de défense et de sécurité malgaches. Deux travaillaient à l’état-major de l’armée, un à l’école militaire d’Antsirabé, un auprès de la marine et un autre auprès de l’armée de l’air. Ce dernier était un ancien pilote de Rafale, alors même que l’aviation militaire malgache ne dispose que d’avions légers comme des Cessna et des ULM. À cela s’ajoutaient un officier de gendarmerie conseiller du commandement national, un autre à l’école de gendarmerie de Moramanga, un officier auprès de la police judiciaire et un commandant de police à l’aéroport. Ces dispositifs, présentés comme de la coopération, sont aujourd’hui perçus par le nouveau régime comme des relais d’influence étrangère. Cette assistance de quelques officier de la France n’est pas gratuite et coûte très cher aux malgaches qui dépensent plus d’un million d’euros par an. Pendant ce temps, les équilibres changent. La Russie renforce sa coopération militaire, avec l’arrivée récente d’instructeurs chargés de former les forces armées malgaches à de nouveaux armements. La Chine s’impose comme partenaire industriel potentiel, tandis que les États-Unis et la Russie manifestent un intérêt croissant pour la Grande Île. Dans ce nouveau jeu d’alliances, la France apparaît désormais comme une puissance secondaire.






