Face à environ 1 400 personnes, dont les autorités politiques, diplomatiques et civiles de l’Algérie, le Pape a livré son deuxième discours, lundi 13 avril, au centre de conférences « Djamaa el Djazaïr ». Sur cette terre, carrefour de cultures et de religions, Léon XIV a plaidé pour une culture de la rencontre, une justice plus équitable et un rôle actif dans la construction d’un monde plus solidaire.
Première étape de son premier voyage apostolique sur le continent africain, le plus long depuis le début de son pontificat, le pape Léon XIV est arrivé à Alger ce lundi 13 avril. Après la cérémonie de bienvenue, la visite du Monument aux Martyrs (Maqam Echahid) et la visite de courtoisie au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au palais présidentiel, le Saint-Père a rencontré les autorités, la société civile et le corps diplomatique au centre de conférences « Djamaa el Djazaïr », où se trouvaient environ 1 400 personnes.
Un regard critique sur les équilibres mondiaux
Fort de son histoire marquée par des épreuves, l’Algérie a été invitée à devenir un acteur du changement. « Si vous savez dialoguer avec les aspirations de tous et vous montrer solidaires des souffrances de nombreux pays, proches ou lointains, votre expérience pourra contribuer à imaginer et à instaurer une plus grande justice entre les peuples », a recommandé le pape américain. Léon XIV a également dénoncé les « violations constantes du droit international » et les « nouvelles tentations coloniales », appelant à une solidarité accrue entre les peuples.
« Ce n’est pas en multipliant les incompréhensions et les conflits, mais en respectant la dignité de chacun et en vous laissant toucher par la souffrance d’autrui, que vous pourrez devenir les acteurs d’un nouveau cours de l’histoire, aujourd’hui plus urgent que jamais, face aux violations constantes du droit international et aux nouvelles tentations coloniales. »
S’inscrivant dans la continuité de ses prédécesseurs, le Successeur de Pierre a rappelé les enjeux d’une mondialisation mieux régulée. « Les processus de mondialisation, convenablement conçus et gérés, offrent la possibilité d’une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire, comme cela ne s’était jamais présenté auparavant ; s’ils sont mal gérés, ils peuvent au contraire faire croître la pauvreté et les inégalités, et contaminer le monde entier par une crise », a détaillé Léon XIV, citant le pape Benoît XVI.
Reprenant ensuite à son compte la pensée du pape François : « Il faut penser à la participation sociale, politique et économique de telle manière qu’elle inclue les mouvements populaires et anime les structures de gouvernement locales, nationales et internationales, avec le torrent d’énergie morale qui naît de la participation des exclus à la construction d’un avenir commun. »
Sur cette terre généreuse qui a donné naissance à saint Augustin, son père spirituel, le Pape a directement interpellé les dirigeants du pays, les invitant à encourager une société civile dynamique et inclusive. « La véritable force d’un pays réside dans la coopération de tous à la réalisation du bien commun », a-t-il affirmé.
« Les autorités sont appelées non pas à dominer, mais à servir le peuple et son développement. Le critère de l’action politique réside donc dans la justice, sans laquelle il n’y a pas de paix authentique, et s’exprime par la promotion de conditions équitables et dignes pour tous. »
L’Église catholique, à travers ses communautés et ses initiatives, souhaite contribuer au « bien commun de l’Algérie, en renforçant son identité particulière de pont entre le Nord et le Sud, entre l’Orient et l’Occident », a-t-il poursuivi, tout en insistant particulièrement sur le rôle des jeunes, appelés à devenir des porteurs d’espérance et de transformation.
La Méditerranée et le Sahara constituent des « carrefours géographiques et spirituels d’une portée considérable », a reconnu le Saint-Père.
« Malheur à nous si nous en faisons des cimetières où meurt même l’espérance ! Libérons du mal ces immenses bassins d’histoire et d’avenir ! Multiplions les oasis de paix, dénonçons et éliminons les causes du désespoir, combattons ceux qui tirent profit du malheur d’autrui ! Les gains de la spéculation sur la vie humaine, dont la dignité est inviolable, sont illicites. »
Léon XIV a encouragé à unir « forces », « énergies spirituelles », ainsi que « toute intelligence et toute ressource qui font de la terre et de la mer des lieux de vie, de rencontre, d’émerveillement ». Poursuivant, a-t-il ajouté : « Que leur beauté majestueuse touche notre cœur ; que leur étendue infinie nous interroge sur la transcendance ». Car la Méditerranée, le Sahara et le « ciel immense qui les surplombe nous murmurent que la réalité nous dépasse de toutes parts, que Dieu est vraiment grand et que nous vivons tous en sa présence mystérieusea».
Dans son adresse, le Souverain pontife a estimé que les « symboles et les mots religieux peuvent devenir, d’une part, des langages blasphématoires de violence et d’oppression, et d’autre part, des signes sans signification dans ce grand marché de consommation qui ne rassasie pas ». Mais, a nuancé le pape, ces « polarisations absurdes ne doivent toutefois pas nous effrayer ». Il faut « y faire face avec intelligence », a conseillé Léon XIV.
Face à ces défis, il faut « éduquer au sens critique et à la liberté, à l’écoute et au dialogue, à la confiance qui nous fait reconnaître dans celui qui est différent un compagnon de route, et non une menace ». « Nous devons œuvrer à la guérison de la mémoire et à la réconciliation entre d’anciens adversaires », a-t-il conclu.
TVA avec Vatican News






