Après les grandes pertes de l’armée tchadienne dans la région du Lac où un régiment a été décimé, de nombreuses voix en interne ont dénoncé la gestion clanique de l’armée par le président Mahamat Idriss Déby. Arrivé au pouvoir grâce à un lobbying intense de la France et de son clan, le président semble être apeuré. Il concentre son renseignement sur la politique, où les acteurs sont surveillés comme du lait sur le feu, laissant en rade les menaces extérieures. L’obsession de vouloir protéger son trône lui a poussé de s’éloigner des autres priorités sécuritaires. Selon une source militaire jointe par TchadOne, c’est la faillite totale du renseignement, car les alertes existaient depuis plusieurs jours avant l’attaque, sans qu’aucune mesure sérieuse ne soit prise. « Les informateurs ne sont plus payés, les réseaux abandonnés et les rapports ignorés », confie une source au sein de l’ANS à nos confrères. Une autre ajoute : « Depuis l’arrivée de Mahamat Kaka et la nomination d’Ismaïl Lony à la tête de l’ANS, les compétences construites durant les années de lutte contre le terrorisme ont été détruites. Les priorités ne sont plus le terrain ni Boko Haram, mais la surveillance politique et les règlements de comptes internes. »
L’armée tchadienne, autrefois réputée très combative et bien équipée, est devenue l’ombre d’elle-même. Malgré la modernisation des équipements, le président, qui a installé un régime dictatorial pour imposer la peur, semble lui aussi être apeuré par l’existence de la classe politique et de certains généraux attachés à l’orthodoxie militaire.
Ainsi, de nombreux hauts gradés ont été sanctionnés. Le matériel militaire moderne acheté a été retiré à l’armée au profit de la DGSSIE, qui est exclusivement au service du président. Le président, qui craint de subir un coup d’État, surtout avec la manière dont il gouverne depuis son arrivée au pouvoir, n’a jamais voulu prendre le risque de remettre les équipements modernes à l’armée. Certains officiers supérieurs critiquent d’ailleurs le fonctionnement de la grande muette depuis son arrivée, estimant que la corruption y est devenue omniprésente.
Dans les zones lointaines, certains militaires peinent à se nourrir correctement et leurs soldes sont parfois coupées, alors que dans la capitale, c’est la bamboula. Le budget sécuritaire ne profiterait qu’aux responsables proches du clan présidentiel, dont les membres roulent sur l’or au détriment de l’écrasante majorité de la population et des soldats.
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