sam 6 Juin 2026

Sénégal : Ousmane Sonko au président Diomaye  «Nous sommes obligés de cohabiter. Et le président doit éviter d’entrainer ce pays dans une crise. Il a commencé par la provocation avec les convocations des députés »

«Qu’ils le veuillent ou non, nous sommes dans une situation de cohabitation. Il n’a pas un seul député à l’Assemblée nationale sur 165, alors que Pastef en détient 130. Si cela ne pose pas la question de la cohabitation, alors qu’est-ce que la cohabitation ? Il faut qu’il arrête de croire qu’en tant que président, il détient tous les pouvoirs. Il n’a pas plus de pouvoirs que les autres dans la configuration actuelle. Il faut qu’il descende de son piédestal et que nous nous parlions en responsables, dans l’intérêt du pays.

Ceux qui nous poussent vers une guerre politique ne rendent service à personne. La politique a ses règles dans tous les pays du monde. Même dans les régimes présidentiels comme aux États-Unis, lorsqu’un président perd les élections de mi-mandat, il est obligé de composer avec un Congrès où il est minoritaire afin d’éviter un shutdown et de faire voter son budget. C’est cela, la démocratie. C’est la volonté populaire qui s’exprime. Et cette volonté populaire a confié l’Assemblée nationale à cette force politique. Il faut respecter cela. S’il ne peut pas le faire, il entraînera le pays vers une crise dont il n’a pas besoin. Les Sénégalais sont fatigués. Ce qu’ils attendent du président et de son gouvernement, c’est moins de politique politicienne et davantage de travail. Nous sommes là pour l’accompagner. Si nous le voulions, ce gouvernement pourrait tomber en 72 heures, car nous avons la possibilité de le censurer. Mais nous ne sommes pas dans une logique de coup d’État institutionnel. Nous nous préoccupons avant tout de l’intérêt supérieur du pays. C’est pourquoi nous ne censurons pas. Nous allons les accompagner. Je lui ai dit hier dans mon bureau : « Ton adversaire, ce n’est pas nous. » Même en 2029, ce ne sera pas nous ton problème. Si tu veux réussir, réponds aux préoccupations des Sénégalais. Le bilan d’un pouvoir, ce n’est pas de liquider des adversaires politiques. Le vrai bilan, c’est le pouvoir d’achat, l’eau, l’électricité, la santé et les conditions de vie des populations.

Qu’il se concentre sur cela. Nous sommes prêts à l’accompagner.

Tout ce qui relève de l’Assemblée nationale, vote des lois, accompagnement budgétaire, contrôle de l’action gouvernementale et des politiques publiques, nous sommes prêts à le mettre à disposition pour qu’il réussisse. Parce que s’il réussit, nous réussirons tous. Mais il faut être deux pour faire la paix. Et les provocations ont déjà commencé. Convoquer des députés en pleine session, vouloir les arrêter dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, arrêter des militants à gauche et à droite, c’est chercher à provoquer une réaction, surtout chez les jeunes, afin de présenter Pastef comme un parti violent.

C’est pourquoi j’appelle les jeunes au calme et à la sérénité.

La directive a toujours été la même : rester calmes, poursuivre le travail politique, la pacification, l’organisation et la communication. Certaines déclarations et certains comportements ne servent pas le parti. Il faut sortir de cette logique d’utilisation de la justice, du Conseil constitutionnel et des forces de défense et de sécurité comme cela a été fait pendant dix ans contre Pastef. Cela n’apportera rien. Restons sereins. Mettons les intérêts supérieurs du pays au-dessus de tout. Mettons-nous au travail pour soulager les Sénégalais, rassurer les partenaires du Sénégal, les bailleurs et les investisseurs. Parce que si nous entrons dans une crise institutionnelle avec dissolution ou motion de censure, il n’y aura jamais d’accord avec le FMI et personne ne viendra investir au Sénégal.

J’en appelle à la responsabilité de chacun, à un dialogue politique intelligent, constant et constructif dans l’intérêt du pays. Ensuite, chaque formation politique mènera ses actions dans le cadre des lois de la République pour atteindre ses objectifs. Mais il faut éviter de replonger ce pays dans les tensions qu’il a connues récemment. Nous n’en avons pas le droit. Le président Bassirou Diomaye Faye n’en a pas le droit non plus.

TV-A

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