Kampala – La tension politique est montée d’un cran en Ouganda après la détention, lundi, d’Erias Lukwago, avocat, figure de l’opposition et maire de la capitale Kampala. Il a été arrêté et kidnappé alors qu’il s’apprêtait à déposer une plainte contre le chef de l’armée, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni.
Cette démarche judiciaire était liée au cas de Kizza Besigye, l’un des principaux opposants au régime, détenu depuis son enlèvement au Kenya en 2024 et toujours dans l’attente d’un procès. La situation de cet ancien candidat à la présidence suscite depuis de nombreux mois de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains et les mouvements d’opposition.
Avant l’arrestation de Lukwago, le général Muhoozi Kainerugaba avait publié plusieurs messages provocateurs sur le réseau social X. Dans l’un d’eux, il affirmait avoir « capturé un imbécile et l’avoir emmené au sous-sol », sans toutefois citer le nom du maire de Kampala. Dans un autre message, il écrivait : « Il m’a assigné à comparaître ? Cet idiot va en prendre une leçon ! ».
Quelques heures plus tard, le chef de l’armée est allé plus loin en publiant une photographie montrant un homme présenté comme son prisonnier, vêtu d’un tee-shirt blanc et les yeux bandés. L’image a provoqué une vague d’indignation parmi les opposants et les organisations de défense des droits civiques.
Le général Muhoozi Kainerugaba est régulièrement au centre de controverses en raison de ses déclarations sur les réseaux sociaux. Plusieurs organisations et personnalités politiques l’ont déjà accusé d’être impliqué dans des enlèvements et des actes d’intimidation visant des opposants au pouvoir.
Depuis son exil aux États-Unis, où il affirme s’être réfugié après avoir échappé à une tentative d’assassinat, le leader de l’opposition Bobi Wine a vivement dénoncé ce qu’il considère comme une nouvelle illustration de la dérive autoritaire du régime. « Ouganda en 2026 ! Le fils de Museveni vient de publier une photo de son prisonnier, aveuglé et ligoté. Son crime ? Avoir tenté de lui signifier une citation à comparaître devant un tribunal ! S’il peut faire cela à un maire sortant de la capitale, ancien député et avocat renommé, imaginez ce qu’il fait à nos partisans ordinaires qui sont enlevés jour après jour », a déclaré Bobi Wine sur les réseaux sociaux. L’opposant a également accusé le pouvoir de commettre de graves violations des droits humains et appelé la communauté internationale à ne pas détourner le regard. « Le monde ne doit pas rester spectateur. Ces crimes contre l’humanité devront un jour rendre des comptes. Ce n’est qu’une question de temps », a-t-il ajouté.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis plusieurs années une multiplication des arrestations, des disparitions forcées et des actes d’intimidation visant les opposants au président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quatre décennies.
À ce stade, les autorités ougandaises n’ont pas officiellement communiqué sur les circonstances de la détention d’Erias Lukwago ni répondu aux accusations formulées par l’opposition.
TV-A






