L’affaire des bracelets électroniques continue de provoquer de fortes secousses au sein de l’administration pénitentiaire sénégalaise. Moussa Seydi, Directeur des finances, du budget, du matériel et des infrastructures pénitentiaires, a été inculpé puis placé sous mandat de dépôt par le juge d’instruction du Pool judiciaire financier, dans le cadre d’une enquête portant sur un présumé détournement de deniers publics de plus de 5 milliards de FCFA.
Selon les informations rapportées par L’Observateur, le magistrat instructeur est saisi d’un dossier particulièrement sensible relatif à l’acquisition de bracelets électroniques destinés à la surveillance pénitentiaire. Dans son réquisitoire introductif daté du 3 avril 2026, le Procureur financier retient plusieurs chefs d’accusation, notamment le détournement de deniers publics, l’escroquerie sur deniers publics portant sur 120,6 millions de FCFA, le faux en écriture publique authentique, l’association de malfaiteurs ainsi que le blanchiment de capitaux.
Au cœur des poursuites figure une avance de démarrage de 1,377 milliard de FCFA qui aurait été versée dans le cadre de l’exécution du marché. Les enquêteurs évoquent également un différentiel inexpliqué de 3,633 milliards de FCFA, portant le préjudice présumé à plus de 5 milliards de FCFA.
La défense de Moussa Seydi rejette toutefois ces accusations. Ses avocats soutiennent qu’après examen des pièces du dossier notamment les bons d’engagement, les factures, les bons de livraison et les contrats de marché les éléments retenus ne permettent pas d’établir une responsabilité pénale de leur client. Ils affirment que l’avance de démarrage contestée était expressément prévue par le contrat et autorisée par les autorités compétentes. Concernant le différentiel de plus de 3,6 milliards de FCFA, Moussa Seydi aurait expliqué aux enquêteurs de la Division des investigations criminelles (Dic) que cette somme intégrait plusieurs postes de dépenses, notamment les frais de formation, de maintenance, de support technique ainsi que le reliquat des prestations contractuelles.
La question des bracelets manquants
L’un des aspects les plus controversés de l’enquête concerne le nombre de bracelets électroniques effectivement réceptionnés par l’administration pénitentiaire.
Dans un premier temps, les investigations avaient mis en évidence un écart de 648 bracelets entre les 2 000 unités déclarées livrées et les 1 352 recensées au Centre de surveillance. Lors de son audition, Moussa Seydi aurait déclaré que 610 bracelets étaient conservés dans son bureau, en attente d’un transfert officiel à la Division de la sécurité pénitentiaire.
Si cette version est retenue, le nombre total de bracelets réceptionnés s’élèverait à 1 962 unités, laissant un déficit réel de 38 bracelets seulement. La valeur de ce manque est estimée à 78,3 millions de FCFA.
Par ailleurs, l’enquête a également révélé des dysfonctionnements techniques sur une partie du matériel livré. Selon les éléments du dossier, 214 bracelets présenteraient des défauts techniques compromettant leur utilisation.
Deux marchés sous le feu des enquêteurs
L’affaire concerne deux contrats distincts conclus entre le ministère de la Justice et la société Colombe Cyber Defense Operations Center (CCDOC), dirigée par El Hadji Gora Diop Gueye.
Le premier marché, signé le 22 octobre 2020, portait sur l’acquisition de 1 000 bracelets électroniques pour un montant de 6,889 milliards de FCFA. Un second contrat, conclu le 6 juillet 2023, concernait également 1 000 bracelets pour un montant de 5,34 milliards de FCFA.
Les investigations ont toutefois mis en évidence plusieurs anomalies financières. Pour le premier marché, les dépenses effectivement justifiées s’élèveraient à 3,256 milliards de FCFA, laissant apparaître un écart non justifié de 3,633 milliards de FCFA. Pour le second contrat, un différentiel supplémentaire de 2,908 milliards de FCFA aurait également été relevé.
Selon une réquisition adressée au Payeur général du Trésor et de la comptabilité publique, un montant global de 8,911 milliards de FCFA aurait été versé à la société CCDOC entre 2020 et 2024 à travers différents mandats de paiement.
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