lun 17 Août 2026

Les États-Unis renforcent leurs sanctions contre des personnalités et un vaste réseau maritime iraniens liés aux exportations de pétrole

Washington – Les États-Unis ont annoncé une nouvelle série de sanctions économiques contre un vaste réseau international d’expédition et de logistique qu’ils accusent de permettre à l’Iran de contourner les sanctions occidentales et de tirer des milliards de dollars de ses exportations de pétrole. Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions entre Washington et Téhéran, marquées par de nouvelles hostilités dans le détroit d’Ormuz, l’un des principaux couloirs maritimes du commerce mondial des hydrocarbures.

Dans un communiqué, le département américain du Trésor, par l’intermédiaire de son Office of Foreign Assets Control (OFAC), a annoncé des sanctions visant plus de 50 personnes, entreprises et navires présentés comme appartenant au réseau de Mohammad Hossein Shamkhani. Les autorités américaines décrivent ce dernier comme l’un des principaux architectes d’un système international destiné à contourner les restrictions imposées à l’Iran et à maintenir les exportations pétrolières du pays.

Selon le Trésor américain, ces nouvelles mesures s’inscrivent dans la continuité des sanctions adoptées en juillet 2025 et en avril 2026. Elles portent désormais à plus de 200 le nombre total de personnes, sociétés et navires visés dans le cadre des actions menées contre le réseau Shamkhani. «Le régime iranien survit grâce à la tromperie, et le réseau Shamkhani constitue l’une de ses principales sources de revenus », a déclaré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. «Le Trésor démantèle l’infrastructure financière qui permet au régime de poursuivre des activités menaçant la sécurité nationale des États-Unis et la sécurité du transport maritime mondial. »

Un réseau présent sur plusieurs continents

Les sanctions concernent un vaste ensemble d’intermédiaires financiers, de compagnies maritimes, de sociétés de logistique, de courtiers et d’exploitants de navires établis dans plusieurs juridictions, notamment aux Émirats arabes unis, à Singapour, en Inde, à Hong Kong, aux Îles Marshall, aux Îles Vierges britanniques, en Russie, au Danemark, en Italie ainsi qu’à Saint-Kitts-et-Nevis.

Parmi les personnes sanctionnées figurent les ressortissants iraniens Hossein Ghorbani Zahed et Mohammad Reza Rahbar Madani, accusés d’avoir fourni des services financiers, des opérations de change et des sociétés offshore ayant facilité les exportations de pétrole iranien sous sanctions.

Le Trésor américain a également désigné Ali Rakhbarmadani, présenté comme un proche collaborateur de Mohammad Hossein Shamkhani et responsable opérationnel du réseau maritime. Selon l’OFAC, il aurait coordonné des expéditions internationales, géré les relations avec les clients et encouragé certains partenaires russes à contourner le plafonnement des prix du pétrole imposé par les pays du G7 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Deux anciens dirigeants de House of Shipping Investment FZCO, basée à Dubaï, le Danois Martin Austin Kaalund et l’Italienne Alessandra Ronco, figurent également sur la liste des personnes sanctionnées. Washington affirme qu’ils ont joué un rôle stratégique dans la gestion des opérations maritimes internationales du réseau avant de créer la société de conseil Evorit Strategy Consulting LLC-FZ.

Plusieurs ressortissants indiens, dont Jijin George et Gautam Vishavdeep, sont aussi accusés d’avoir facilité le transport de pétrole iranien et la gestion de navires liés au réseau.

Des entreprises de transport maritime dans le viseur

Parmi les entreprises sanctionnées figure Sea Lead Shipping PTE. Ltd., une compagnie singapourienne de transport maritime par conteneurs ainsi que plusieurs de ses filiales implantées à Dubaï, en Inde et aux Îles Marshall.

Selon l’OFAC, cette société aurait exploité des navires transportant à la fois des cargaisons commerciales légitimes et des marchandises illicites, notamment des expéditions qui auraient été destinées au mouvement houthi au Yémen, classé par les États-Unis comme organisation terroriste.

Les autorités américaines ont également sanctionné plusieurs autres entreprises, dont Volta Shipping Services LLC, We Freight Shipping LLC, Glavos Shipping FZCO, Dezera Shipping FZCO, ainsi que diverses sociétés de transport maritime enregistrées aux Îles Marshall, à Hong Kong, aux Émirats arabes unis et à Saint-Kitts-et-Nevis.

Les mesures concernent en outre de nombreux navires marchands et pétroliers, parmi lesquels SHENTON WAY, TANJONG PAGAR 1, PAYA LEBAR, GEMMA, HOPE 1, JADE, OPAL, DARIKA, VIRENT, ERIKA et SEPEHR PAYAM. Le Trésor américain affirme également que quatre navires  SEA CRUISER, SEA CASTLE, SEA ANCHOR et SEA GALLEON  sont directement détenus par Mohammad Hossein Shamkhani.

Une pression économique accrue sur Téhéran

Selon le département du Trésor, le réseau Shamkhani ne se limite plus aux exportations de pétrole brut. Il se serait progressivement étendu au transport maritime de conteneurs, au commerce de matières premières et aux services logistiques, permettant à l’Iran de maintenir des revenus importants malgré les sanctions internationales.

L’OFAC affirme que ce système repose sur un ensemble complexe de sociétés offshore, d’intermédiaires financiers et de compagnies maritimes opérant dans plusieurs pays afin de mêler activités commerciales légitimes et transactions illicites.

Les sanctions ont été imposées en vertu du décret présidentiel américain 13902, qui autorise Washington à cibler plusieurs secteurs clés de l’économie iranienne. Le Trésor précise que cette nouvelle initiative s’inscrit également dans le cadre du mémorandum présidentiel sur la sécurité nationale visant à accroître la pression économique sur Téhéran à la suite des récents incidents survenus dans le détroit d’Ormuz.

En application de ces mesures, tous les avoirs détenus aux États-Unis ou contrôlés par des personnes américaines appartenant aux individus et entreprises visés sont immédiatement gelés. Les citoyens et les entreprises américaines se voient interdire toute transaction avec les personnes sanctionnées, sauf autorisation spécifique délivrée par l’OFAC.

Les restrictions concernent également les sociétés détenues directement ou indirectement à hauteur d’au moins 50 % par des personnes figurant sur la liste des sanctions.

Le Trésor américain a par ailleurs averti que les institutions financières étrangères et les entreprises poursuivant des transactions importantes avec les personnes ou entités désignées pourraient elles-mêmes être exposées à des sanctions secondaires. Les violations des mesures américaines peuvent entraîner d’importantes sanctions civiles ou pénales.

Enfin, le département du Trésor a encouragé les lanceurs d’alerte disposant d’informations sur des mécanismes de contournement des sanctions à les transmettre au Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN). Les autorités américaines rappellent que les signalements conduisant à des sanctions supérieures à un million de dollars peuvent ouvrir droit à des récompenses financières.

Cette nouvelle vague de sanctions constitue l’une des plus importantes offensives économiques menées par Washington contre le réseau maritime international iranien. Elle intervient alors que les tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran continuent de s’intensifier dans un contexte de recrudescence des affrontements en mer et d’incertitudes persistantes sur la sécurité des voies maritimes stratégiques du Moyen-Orient.

TV-A

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