lun 17 Août 2026

Nigeria: 6 commandants de la police mobile relevés de leurs fonctions après des accusations d’extorsion de fonds

La corruption a atteint un niveau inquiétant au Nigeria. Parmi les secteurs les plus touchés, les forces de l’ordre occupent une place importante, et le scandale ayant impliqué des officiers de police n’est qu’un cas parmi tant d’autres. L’inspecteur général de la police nigériane, Olatunji Disu, a relevé de leurs fonctions 06 commandants de la Police mobile (MOPOL) ainsi que des responsables d’unités opérationnelles affectées à la protection des installations de TotalEnergies EP Nigeria Limited, à Port Harcourt, dans l’État de Rivers.

Cette décision intervient à la suite d’une enquête interne portant sur des allégations d’extorsion systématique visant des policiers placés sous leur autorité. Selon des informations publiées par SaharaReporters, les officiers concernés  ont été discrètement retirés de leurs postes la semaine dernière après qu’un comité d’enquête mis en place par l’Inspecteur général les a mis en cause pour la collecte présumée de pots-de-vin mensuels auprès des agents déployés sur le terrain.

Les enquêteurs auraient établi que chaque policier affecté à la sécurisation des installations de TotalEnergies était contraint de reverser 70 000 nairas sur une allocation mensuelle de 220 000 nairas. Les agents qui refusaient de s’exécuter risquaient d’être retirés de leur affectation.

Une enquête freinée par la peur des représailles

D’après une source proche du dossier, le quartier général de la police a rencontré des difficultés au début de l’enquête, plusieurs agents concernés craignant de témoigner ouvertement contre leur hiérarchie. «Après les révélations, l’Inspecteur général a constitué un comité d’enquête basé à Abuja pour examiner ces allégations d’extorsion largement médiatisées », a indiqué la source.

Les policiers affirment avoir versé les sommes exigées sous la contrainte afin d’éviter une mutation ou un retrait de leur mission. Ils appellent désormais les autorités policières à réformer le système de déploiement des missions spéciales et à mettre fin aux pratiques qu’ils dénoncent. Au-delà des prélèvements mensuels, plusieurs agents accusent leurs commandants d’avoir frauduleusement inscrit leurs propres noms sur la liste des bénéficiaires des indemnités versées par TotalEnergies aux policiers déployés sur le terrain. Selon ces témoignages, les commandants auraient perçu les mêmes allocations que les policiers engagés dans les opérations de sécurité, alors qu’ils occupaient uniquement des fonctions administratives. Les agents estiment que cette situation se serait déroulée à l’insu de la compagnie pétrolière.

Des conditions de travail dénoncées

Les policiers évoquent également des conditions de travail difficiles. Ils affirment ne bénéficier d’aucune couverture médicale, d’aucune indemnité pour les heures supplémentaires et dénoncent la mauvaise qualité de la nourriture qui leur est fournie.

« Nous payons nous-mêmes nos soins médicaux. Il n’y a aucune indemnité pour les heures supplémentaires et la nourriture est de très mauvaise qualité », a déclaré l’un des agents.

Des pratiques qui dépasseraient le cas de TotalEnergies

Les dénonciations ne se limiteraient pas aux opérations de sécurisation des installations de TotalEnergies. Des policiers soutiennent que des pratiques similaires existeraient dans les affectations auprès de plusieurs entreprises chinoises opérant au Nigeria.

Selon eux, certaines de ces sociétés verseraient environ 270 000 nairas par mois pour chaque policier déployé, tandis que les agents sur le terrain ne recevraient qu’environ 50 000 nairas tous les deux mois, le reste des fonds étant, selon leurs accusations, détourné au sein de la chaîne de commandement.

Face à cette situation, les policiers concernés demandent à l’Inspecteur général de la police ainsi qu’à l’Inspecteur général adjoint chargé de la Police Mobile de réformer le système de gestion des missions spéciales. Ils estiment que les agents chargés de protéger les infrastructures stratégiques du pays ne devraient pas être exposés à des pratiques d’exploitation de la part de leurs propres supérieurs.

À ce stade, les autorités policières nigérianes n’ont pas rendu publiques les conclusions détaillées de l’enquête, et les commandants mis en cause ne se sont pas exprimés sur ces accusations.

TV-A avec SaharaReporters

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