L’Iran est devenu incontournable dans la résolution de la crise mondiale actuelle. L’attaquer pourrait envenimer la situation et plonger le monde dans une crise énergétique susceptible de durer plusieurs années. Les États-Unis, qui n’avaient jamais envisagé un tel scénario, l’ont appris à leurs dépens. Avec l’évolution de l’agression contre l’Iran, les Américains et les Israéliens se retrouvent désormais en opposition de faiblesse avec une grande partie de la communauté international. Pour cause, l’Iran a tout simplement fermé le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial, sans même tenir compte du gaz naturel liquéfié (GNL). Ces ressources étant indispensables pour l’industrie et la technologie, le monde subit aujourd’hui les conséquences de cette fermeture.
Toutefois, pour les pays considérés comme amis de l’Iran, tels que la Chine, le Pakistan ou encore la Turquie, les pétroliers peuvent naviguer avec l’autorisation des autorités iraniennes. Ne voulant pas envenimer davantage la situation, mais aussi pour marquer leur désapprobation face à un président jugé arrogant et peu respectueux des règles élémentaires de la diplomatie, plusieurs États européens refusent de se mêler à une guerre déclarée unilatéralement par la coalition israélo-américaine. Du côté des pays du Golfe, la surprise est également grande face à l’ampleur de la confrontation militaire. Beaucoup craignent que le Moyen-Orient ne devienne un second Afghanistan, où les populations seraient condamnées à des décennies d’instabilité, de violences, de déplacements forcés et d’effondrement économique. Pour ces États, plus vite le conflit sera résolu, mieux ce sera.
Pour l’heure, l’Iran semble être en position de force grâce à son important stock de missiles modernes, puissants et suffisants pour soutenir une guerre d’usure. Les États-Unis, qui ne maîtrisent pas totalement le terrain, font face à un adversaire bien organisé et disposant d’une capacité de feu qui dépasse les estimations initiales. Dans ce contexte opposant deux puissances, plusieurs pays de l’OTAN ne souhaitent pas aggraver la situation, d’autant plus que l’opinion publique de nombreux États membres condamne déjà ce qu’elle considère comme les « folies meurtrières » du duo Trump-Netanyahou, accusé de bafouer le droit international. Isolé sur la scène internationale, le président américain a désormais changé de discours. Après avoir appelé à la formation d’une coalition pour combattre l’Iran, Donald Trump évoque désormais la création d’un « conseil de paix » pour résoudre la crise du détroit d’Ormuz.
Cependant, Mojtaba Khamenei, nouveau guide de la révolution iranienne, reste ferme. Selon lui, les États-Unis doivent payer pour les crimes commis dans son pays, notamment la mort de 150 enfants âgés de 7 à 12 ans lors d’un bombardement américain contre une école primaire à l’aide d’un missile Tomahawk. L’Iran exige désormais le départ de toutes les bases militaires américaines du Moyen-Orient ainsi que des réparations pour les destructions subies durant le conflit. Mais après l’assassinat de plusieurs soldats iraniens qui rentraient d’un entraînement militaire, la position de Téhéran s’est encore durcie.
Afin d’éviter une aggravation de la crise dont les conséquences politiques pourraient provoquer des manifestations dans plusieurs pays et entraîner la chute de certains régimes le Premier ministre indien, Narendra Modi, a demandé au guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, d’autoriser le passage des navires indiens afin d’assurer l’acheminement du pétrole vers l’Inde. Cette démarche intervient alors que la colère populaire grandit en Inde et que des tentatives de déstabilisation politique se multiplient, notamment en raison de la normalisation des relations avec Israël et des tensions autour du conflit. Selon l’agence Fars, Khamenei aurait répondu au Premier ministre indien que l’Inde devait d’abord expulser les ambassadeurs américain et israélien pour obtenir l’autorisation de passage de ses navires.
Selon l’agence Reuters, l’Inde compte actuellement 22 pétroliers et 611 marins bloqués dans le golfe Persique, à l’ouest du détroit d’Ormuz, en raison des tensions liées au conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Parmi ces navires, six transportent du GPL (gaz de pétrole liquéfié), une ressource dont l’Inde dépend fortement, puisque près de 90 % de ses importations proviennent du Golfe. Certains navires indiens ont déjà pu traverser récemment grâce à des arrangements spécifiques, mais la majorité reste bloquée.
Pour rappel, l’Inde avait déjà arraisonné dans le passé trois pétroliers iraniens. Il s’agit des navires Asphalt Star, Al Jafzia (parfois appelé Chiltern) et Stellar Ruby, saisis par les garde-côtes indiens au début du mois de février 2026. Ces navires sont accusés d’avoir dissimulé ou modifié leur identité notamment par des changements fréquents de nom ou de pavillon et d’avoir participé à des transferts illégaux de pétrole de navire à navire (ship-to-ship transfers) afin de contourner les sanctions américaines imposées au pétrole iranien.
André De Roff






