lun 2 Mar 2026

Sénégal : Que cherche le régime de Diomaye pour la banalisation de l’appel au coup d’État?

L’appel au coup d’État tend à devenir de plus en plus banal dans le débat public sénégalais. Des discours qui, depuis Léopold Sédar Senghor, premier président de la République du Sénégal, jusqu’à Macky Sall en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade n’avaient jamais été tenus à défaut d’être sévèrement réprimés par leurs auteurs, sont aujourd’hui ouvertement exprimés sur la place publique.

Au départ, c’est l’ancien président Macky Sall qui a ouvert la brèche par une insinuation lourde de sens. Acculé par le peuple sénégalais pour le respect du calendrier électoral et la tenue de l’élection présidentielle, il avait théorisé une menace à peine voilée, en référence à ce qu’Omaro Cissokho, son allié, aurait appliqué en Guinée-Bissau: «Venez discuter, sinon le pouvoir pourrait tomber entre les mains d’une force organisée », avait-il déclaré pour contraindre le chef de l’opposition, Ousmane Sonko, à venir à la table des négociations, alors même qu’il était emprisonné.

Cette sortie avait provoqué un tollé général. L’opinion publique avait rapidement compris la manœuvre, d’autant plus que Macky Sall gouvernait alors d’une main de fer, avec un lourd bilan : plus de 85 morts et plus de 2 000 arrestations politiques. Craignant l’après-pouvoir face à un adversaire dont la popularité dépassait toutes les normes, Macky Sall était finament prêt à toutes les concessions.

Alors qu’Ousmane Sonko était barricadé à son domicile de la cité Keur Gorgui, à Dakar, Paris avait envoyé des émissaires pour discuter avec le leader du parti Pastef, afin qu’il accepte certaines conditions. En contrepartie, la France s’engagerait à plaider auprès de Macky Sall pour la levée du blocus et sa participation à l’élection présidentielle. Toutefois, plusieurs points notamment la renégociation des contrats, les libertés publiques et la dépénalisation de la communication LGBTQ ont constitué des lignes rouges pour Ousmane Sonko, qui a opposé un refus catégorique, fidèle à sa dénonciation constante de l’ingérence française et de son rôle au sein de la CEDEAO. Dans ce contexte, Emmanuel Macron a été accusé d’avoir joué un rôle trouble auprès de Macky Sall. Même la tenue de l’élection présidentielle n’a été obtenue qu’au prix de la résistance populaire et de la pression exercée par les États-Unis pour le respect du calendrier électoral.

Porté par un parti majoritairement composé de jeunes et par un discours panafricaniste certes ancien, mais déjà défendu par des figures historiques telles que Kwame Nkrumah, Thomas Sankara, Cheikh Anta Diop ou Mamadou Dia,  Ousmane Sonko est devenu un véritable phénomène politique. Son discours résonne bien au-delà des frontières sénégalaises, au point d’être classé parmi les vingt personnalités mondiales les plus influentes par le journaliste et essayiste Pascal Boniface, dans son ouvrage consacré aux rénovateurs, aux côtés de Lula et Erdogan, en tant que seul Africain.

Des personnalités appellent à déstabilisation de l’Etat de droit sans aucune sanction

Conscients que cette montée en puissance est quasi inéluctable pour les prochaines décennies, certains opposants ont choisi la voie dangereuse de la rupture institutionnelle. L’ancien ministre de la Jeunesse, Pape Malick Ndour, ex-membre du gouvernement, a ainsi publiquement appelé à «unir les forces sociales pour renverser le régime en place et mettre sur pied un gouvernement de transition dirigé par Macky Sall ». Convoqué par les enquêteurs, il a passé plusieurs heures en garde à vue avant d’être libéré la même nuit, à la surprise générale.

Dans le même registre, l’activiste et chanteur Malal Talla, alias Fou Malade, membre fondateur du mouvement «Y’en a marre», a tenu des propos quasi-similaires lors d’une émission télévisée. Outre ces deux personnalités publiques c’est l’ancien député et président du groupe parlementaire libérale sous régime de Wade qui a son tour franchi le Rubicon. «Les citoyens devraient prendre leurs responsabilités pour empêcher le pilote de poursuivre. Le pays est en danger, dirigé par une personne élue et un autre responsable nommé par celle-ci. Il faudrait dégager celui qui est nommé, même si cela est difficile à dire et non démocratique. L’histoire montre que certaines républiques ont été sauvées par des coups d’État ou des interventions militaires. » Des propos particulièrement graves venant d’un ancien député et ex-président de groupe parlementaire. Il y a encore quelques années, un tel débat aurait été inimaginable au Sénégal.

Face à cette dérive, le régime de Bassirou Diomaye Diakhar Faye, qui semble s’éloigner progressivement de la ligne politique de Pastef, est resté quasi inerte. En dehors du parti Pastef, une partie de la société civile et de l’opinion publique c’est l’omerta certains ont même défendu l’auteur de tel propos tandis que la coalition « Diomaye Président », coordonnée par Aminata Touré (ancien 1ier ministre sous Macky Sall et proche de du président Diomaye Faye par ailleurs coordonnatrice de cette coalition présidentielle qui exclusivement au service de Diomaye Faye) est demeurée étonnamment aphone. Coïncidence ou stratégie politique ?

 Diomaye et sa ligne panafricaine en question

Ce débat nauséabond et antidémocratique, qui semble préparer l’opinion à une éventualité grave, doit être pris avec le plus grand sérieux. La France, régulièrement accusée d’avoir favorisé des coups d’État en Afrique dès que ses intérêts sont menacés, serait-elle en embuscade? Selon le journal Sputnik, qui repris les renseignements russes l’ancienne métropole serait prête à tout, et les méthodes de Bob Denard (mercenaire lié aux réseaux du renseignement français) pourraient refaire surface dans les pays où ses intérêts sont en danger.

Le Sénégal demeure un laboratoire démocratique en Afrique, et sa démocratie n’a rien à envier à celles des pays occidentaux. Les nouvelles idées panafricanistes, de plus en plus populaires, constituent un danger non pas pour le peuple français, mais pour une partie de l’Occident dominateur et néocolonial.

En juin 2022, Tony Blair, ancien Premier ministre britannique et soi-disant apporteur d’affaires, avait effectué une visite discrète au Sénégal pour exprimer à Macky Sall les inquiétudes d’une partie de l’oligarchie occidentale face à la montée en puissance des idées panafricanistes portées par Ousmane Sonko. En réponse, selon les révélations d’Emmanuel Desfourneaux, Macky Sall aurait promis que « l’opposant ne serait candidat ni aux législatives ni à l’élection présidentielle ».

Enfin, le rapprochement du président Bassirou Diomaye Faye avec certains derniers symboles de la Françafrique  tels qu’Alassane Dramane Ouattara ou Denis Sassou Nguesso, loin d’être des références en matière de droits humains et de respect constitutionnel  suscite une profonde inquiétude chez les panafricanistes.

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