L’ancien président du Sénégal, Macky Sall, chef de l’État de 2012 à 2024, a déposé sa candidature pour succéder à Antonio Guterres au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). Sa candidature a été officiellement enregistrée par l’Assemblée générale de l’organisation. Longtemps considérée comme une rumeur, la candidature de Macky Sall « a pris forme avec l’acte posé, au nom des chefs d’État, par le président en exercice de l’Union africaine (UA) », Evariste Ndayishimiye.
Toutefois, les chances de l’ancien président sénégalais de devenir le successeur d’Antonio Guterres semblent minimes au regard des équilibres et des règles non écrites qui régissent cette haute fonction internationale. Selon le principe de rotation géographique, l’Amérique latine apparaît mieux placée pour décrocher le poste. Plusieurs voix seraient notamment favorables au chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Argentin Rafael Grossi.
Pour Macky Sall, la tâche s’annonce difficile. Ses détracteurs rappellent que durant son magistère, notamment entre 2021 et 2024, au moins 85 morts ont été recensés lors de manifestations politiques, plus de 2 000 détenus politiques ont été signalés, et une tentative de report de l’élection présidentielle a suscité des accusations de violation de la Constitution et de recul démocratique. À cela s’ajoute la polémique liée à une dette cachée révélée après son départ du pouvoir, ayant contribué à plonger le pays dans une crise économique.
Que cherche-t-il ?
L’ancien président serait conscient d’être dans le viseur du nouveau régime, notamment du Premier ministre, qui exige une reddition des comptes. Déjà visé par une plainte pour crimes contre l’humanité devant la Cour pénale internationale (CPI), il chercherait à ne pas rester inactif face aux menaces judiciaires.
On lui prête également une importante fortune acquise durant son passage au pouvoir. Selon certains observateurs, ces ressources lui permettraient d’activer des réseaux de lobbying afin de redorer son image sur la scène internationale. L’objectif serait, à terme, d’échapper aux poursuites nationales en occupant une fonction internationale. Ainsi, sa candidature au secrétariat général de l’ONU pourrait être perçue comme une stratégie visant d’autres postes internationaux.
Quel soutien du Sénégal ?
À ce jour, rien n’est clairement établi concernant le soutien officiel du Sénégal, qui devrait être acté par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Après son voyage au Congo-Brazzaville, la presse congolaise avait rapporté qu’au cours d’un entretien avec son homologue Denis Sassou Nguesso, les deux chefs d’État auraient évoqué la candidature de Macky Sall. Face au tollé suscité au Sénégal, le ministre-conseiller Ben Taleb Sow a démenti ces informations. Toutefois, aucun communiqué officiel de la présidence sénégalaise n’a encore clarifié la position de Dakar.
Dans le contexte politique actuel, certains estiment qu’aucun scénario ne peut être exclu. Depuis que le président Bassirou Diomaye Faye semble avoir pris ses distances avec certaines positions initiales de son parti, notamment sur la reddition des comptes et la traque des crimes économiques, des interrogations subsistent. L’hypothèse d’un accord politique serait bien possible car l’actuel chef d’Etat a franchi les rubicons: un éventuel soutien à Macky Sall en échange d’un appui futur en 2029 pour un second mandat. Une telle alliance pourrait être mutuellement bénéfique. Pour Diomaye Faye, si son parti ne devait pas porter sa candidature, un rapprochement avec l’Alliance pour la République (APR) de Macky Sall pourrait constituer une alternative. Pour ce dernier, une validation officielle par le Sénégal renforcerait sa crédibilité internationale et pourrait retarder d’éventuelles poursuites judiciaires. Toutefois en cas d’un tel scénario défavorable à l’opinion publique, Bassirou Diomaye Faye risque de se plonger dans un labyrinthe sans issu.






