Le vol de bétail est un fléau difficile à maitriser et dont les conséquences sont alarmantes. Selon les données de la FAO, les pertes économiques qui y sont liées en Afrique de l’Ouest dépassent 467 millions USD par an.
Le Sénégal a mis en œuvre de nombreuses initiatives en réponse, dont la création de la Cellule de lutte contre le vol de bétail (CLVB) en 2013, la mise en place de brigades spécialisées dans les unités rurales de la Gendarmerie à travers le territoire, et l’adoption en 2017 d’une loi pour renforcer la répression par la criminalisation, qui prévoit des peines allant de 5 à 10 ans de prison ferme. En dépit de ces mesures, la pratique se poursuit et les éleveurs du pays perdent en moyenne 22 000 à 30 000 têtes de bétail (bovins, ovins, caprins) par an, soit l’équivalent de 3,2 millions USD d’après les estimations de la FAO.
En dehors des aspects économiques et sociaux, le vol de bétail pose également un problème de santé publique. D’après l’organisation onusienne, les produits animaux issus des vols alimentent des circuits d’abattage clandestins au niveau national et transfrontalier. Ces abattages non contrôlés représentent un grave danger pour la santé des consommateurs, en raison des risques de contamination liés aux zoonoses.
Un plan de lutte commun en Afrique l’ouest pour un budget de 345 millions de dollars
Un programme régional de lutte contre le vol de bétail est en gestation en Afrique de l’Ouest. L’annonce a été faite à Dakar au lancement d’un atelier initié par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et réunissant des représentants des 15 pays membres dans la sous-région, du 9 au 12 février sur cette problématique. Doté d’un budget de plus de 345 millions USD, ce programme doit être validé pour être mis en œuvre sur la période 2026 ‑ 2030. Les interventions portent sur trois axes prioritaires, à savoir la digitalisation de la traçabilité du cheptel, l’harmonisation des dispositifs judiciaires et sécuritaires, et l’implication structurée des communautés pastorales et des organisations professionnelles, considérées comme essentielles dans l’alerte, la prévention et la sensibilisation.
« L’atelier rassemble des représentants des ministères en charge de l’Elevage, de l’Agriculture, de la Sécurité et de la Justice, d’organisations pastorales, d’institutions régionales et internationales, du monde universitaire et du secteur privé, notamment dans le domaine de la traçabilité du bétail. Cette diversité traduit une volonté affirmée de bâtir une réponse multisectorielle, coordonnée et durable », peut‑on lire dans un communiqué publié par le ministère sénégalais de l’Agriculture.
En Afrique de l’Ouest, la problématique du vol de bétail n’est pas nouvelle et est largement documentée. Parmi les principaux moteurs de cette pratique figurent l’insécurité dans les zones rurales, l’absence de traçabilité, la faiblesse des lois et l’implication de réseaux criminels et de groupes armés. Dans un rapport publié en octobre 2025, l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale indique par exemple que le vol de bétail est prisé par plusieurs organisations extrémistes violentes (OEV), dont le Jama’at Nasr al‑Islam wal Muslimin (JNIM), pour se financer grâce aux ventes réalisées dans la zone tri frontalière entre le Burkina Faso, le Ghana et la Côte d’Ivoire.
«Des milliers de têtes de bétail, volées dans des points chauds du conflit au centre du Mali ou au nord du Burkina Faso, sont transportées à travers cette zone pour être vendues sur les marchés de Côte d’Ivoire et du Ghana par des intermédiaires. Ce système permet au JNIM d’exploiter les principaux marchés de bétail de ces États côtiers », explique le rapport sahéliens repris par l’agence Ecofin.
