Onze Sud-Africains, qui affirment avoir été trompés puis contraints de rejoindre des unités russes combattant en Ukraine, ont atterri mercredi à Durban. Les autorités sud-africaines ont ouvert une enquête afin de faire la lumière sur les circonstances de leur recrutement.
Ils avaient lancé un appel à l’aide au gouvernement sud-africain. Ils sont enfin de retour dans leur pays. C’est ce qu’ont constaté des journalistes de l’AFP à Durban (est) ce mercredi 25 février. Ces onze hommes faisaient partie d’un groupe de 17 personnes ayant interpellé, en novembre, les autorités sud-africaines.
Un retour sous haute surveillance
Les onze hommes ont débarqué mercredi à l’aéroport international de Durban, dans la province du KwaZulu-Natal. Pris en charge immédiatement par les forces de l’ordre, ils ont été conduits dans des locaux de police afin d’y être interrogés. L’un d’eux, en fauteuil roulant et visiblement éprouvé, a témoigné des conditions difficiles de leur séjour en zone de conflit.
Ces ressortissants faisaient partie d’un groupe de dix-sept Sud-Africains qui, en novembre dernier, avaient lancé un appel à l’aide depuis la région séparatiste du Donbass. Ils affirmaient avoir été recrutés sous de faux prétextes — une promesse d’emploi dans le secteur privé — avant d’être enrôlés de force dans des unités mercenaires aux côtés des forces russes.
Quatre autres membres du groupe étaient déjà rentrés à Johannesburg le 18 février. Deux hommes demeurent encore en Russie, dont l’un serait hospitalisé.
Une enquête présidentielle en cours
Le chef de l’État, Cyril Ramaphosa, a annoncé mardi que l’enquête se poursuivait afin de déterminer les responsabilités dans ce dossier sensible. Il a évoqué la nécessité de faire la lumière sur les « circonstances ayant conduit au recrutement de ces jeunes gens dans des activités mercenaires ».
Les investigations visent à établir si ces départs relèvent d’un réseau structuré de trafic de main-d’œuvre à des fins militaires et si la législation sud-africaine — qui interdit formellement à ses citoyens de participer à des conflits armés à l’étranger sans autorisation — a été violée.
Pistes politiques et controverses
Selon plusieurs médias locaux, les dix-sept hommes auraient été recrutés via le parti d’opposition uMkhonto we Sizwe (MK), dirigé par l’ancien président Jacob Zuma. Leur voyage en Russie aurait été présenté comme une formation professionnelle dans le domaine de la sécurité.
La polémique s’est renforcée avec la mise en cause de Duduzile Zuma-Sambudla, fille de l’ex-chef de l’État, soupçonnée d’avoir facilité ces recrutements. Elle a depuis démissionné de son mandat de députée, fin novembre. Le parti MK, de son côté, n’a pas formellement reconnu son implication dans ces envois.
Un phénomène aux dimensions internationales
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, en février 2022, des combattants étrangers ont été recrutés par les deux belligérants. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, a déclaré mercredi que plus de 1 780 ressortissants africains, issus de 36 pays, auraient rejoint les rangs russes.
Ce cas met en lumière les ramifications africaines du conflit ukrainien et soulève des questions diplomatiques, juridiques et sécuritaires pour Pretoria, qui a maintenu une position de neutralité depuis le début de la guerre.






