Les attaques terroristes coordonnées par différents groupes opérant dans le Sahel ne relèvent, selon certaines analyses, que d’un agenda caché visant à déstabiliser la région et à s’accaparer ses ressources. La France et l’Algérie sont ainsi accusées d’être au cœur de cette stratégie.
Longtemps indexée pour ses ambitions supposées de recolonisation de l’Afrique et d’exploitation de ses ressources, la France est de nouveau pointée du doigt après les récentes attaques contre le Mali. Certains observateurs estiment que ces événements confirment une continuité dans cette posture qui était déjà révélé par l’ancien chef d’Etat-major des armée François Lecorne.
Selon le journaliste d’investigation Thomas Dietrich, l’objectif des attaques menées samedi au Mali serait clair : «Le JNIM et le FLA savent qu’ils ne peuvent pas contrôler Bamako, car la population ne l’accepterait pas. L’idée est de provoquer une fracture au sein des militaires et de favoriser un putsch. Un officier prendrait alors la tête du pays et engagerait des négociations avec ces groupes, en leur cédant la partie nord du Mali », a-t-il déclaré.
Cette analyse est rapprochée de la situation qui prévalait avant la guerre de 2011 en Libye. À cette époque, la France, en collaboration avec l’Algérie, avait exercé des pressions sur le président malien Amadou Toumani Touré pour accueillir des combattants au nord du pays. Après leur installation, ces groupes ont lancé des offensives. Face à une armée mal équipée et insuffisamment préparée, les assaillants se sont rapidement rapprochés de Bamako. Dans ce contexte, le capitaine Amadou Haya Sanogo a conduit le coup d’État du 22 mars 2012, renversant le président Touré peu avant la fin de son mandat. Il a ensuite pris la tête du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), plongeant le pays dans une crise politique majeure où la France a exercé son véto pour l’achet des armes et intimant l‘ordre aux ays de la CDEDAO de ne pas intervenir.
Par la suite, l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Boubacar Keïta a conduit à la signature des accords d’Alger, qui accordaient une certaine autonomie à la région de Kidal, connue pour ses richesses minières, pétrolières, gazières ainsi que pour ses ressources en eau et en lithium. Ces accords sont les premiers jalons posés pour l’indépendance de la partie nord qui a été foiré par l’arrivée des jeunes officiers dirigés par Assimi Goita
Aujourd’hui, selon Thomas Dietrich, un scénario similaire serait envisagé. « Paris chercherait à remplacer Assimi Goïta par un dirigeant plus favorable à ses intérêts. Dans certains cercles militaires français, l’idée d’appuyer une forme d’indépendance pour les groupes séparatistes touaregs, aujourd’hui incarnés par le FLA, serait encore évoquée », écrit-il.
Ce projet, parfois associé au plan Takouba, viserait, selon ces analyses, à un morcellement du Mali. S’il aboutissait, il pourrait être étendu à d’autres pays du Sahel dans une logique de recomposition géopolitique. «L’objectif serait de fragiliser l’Alliance des États du Sahel (AES) et de restaurer l’influence perdue. Ce plan pourrait également bénéficier de soutiens extérieurs, notamment de l’Ukraine, de l’Algérie ou encore de la Mauritanie », conclut le journaliste.
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