« Je suis un vieillard, j’ai transmis toutes mes connaissances aux plus jeunes. Ma vie ne m’inquiète point ! Juste après moi, il faudra assumer et assurer la poursuite de la Révolution islamique. Les fondements que nous avons posés sont solides ; ils résisteront aux tempêtes du temps. Ô mes fidèles, restez vigilants, unissez-vous et portez haut le flambeau de l’islam pur contre les oppresseurs. La victoire est proche pour ceux qui persévèrent. » Ces mots sonnent comme un cri de guerre de Ali Khamenei, qui a lutté durant toute sa vie pour installer en Iran une République islamique fondée sur un modèle orthodoxe. Avant même que la coalition israélo-américaine ne déclenche les frappes ayant causé sa mort, le Guide avait prédit la chute de l’hégémonie américaine. « Nous entrerons sur le champ de bataille et, si moi en tant qu’individu je n’en reviens pas et que j’y trouve la mort en martyr, alors assurément ceux qui seront allés au combat n’en reviendront pas, sauf s’ils ont remporté la victoire », disait l’ayatollah.
Khamenei, une biographie par le chercheur Farhad Khosrokhavar
L’ayatollah Khamenei est né en 1939 à Machhad, au nord-est de l’Iran, ville qui abrite la tombe de l’imam Reza, le huitième imam chiite. Issu d’un père azéri, au sein d’une famille religieuse de clercs, il grandit dans un environnement marqué par l’enseignement islamique. Son père, Seyed Javad Khamenei, est né à Najaf, ville sainte d’Irak, et sa mère, Khadijeh Mirdamadi, est également issue d’une famille religieuse.
Deuxième fils d’une fratrie de huit enfants, dont deux autres deviendront clercs, il appartient à une lignée remontant, selon certaines sources, au quatrième imam chiite Ali Zayn al-Abidin, conférant à la famille une légitimité religieuse traditionnelle.
Il commence ses études religieuses à Machhad sous la direction de deux ayatollahs reconnus, Sheikh Hachem Qazvini et l’ayatollah Milani. En 1957, il part à Najaf avant de s’installer à Qom, où il suit notamment les cours du grand ayatollah Boroujerdi ainsi que ceux de Ruhollah Khomeini, dont l’influence sera déterminante.
Une politisation précoce
Un trait distingue Khamenei de nombreux autres clercs : sa politisation. Dans sa jeunesse, il rencontre Seyed Mojtaba Navvab Safavi, dirigeant des Fedaïs de l’islam, qui prônait l’instauration d’un gouvernement islamique en Iran. Il est également influencé par les idées de l’intellectuel égyptien Sayyid Qutb, dont il traduira certaines œuvres en persan.
Opposant au régime du Shah, il est arrêté à six reprises et subit des peines de prison ainsi que des périodes de bannissement. En 1977, il est condamné à trois ans d’exil interne à Iranshahr. L’année suivante, avec la Révolution de 1979, il retourne à Téhéran et gravit rapidement les échelons du nouveau régime.
De président à Guide suprême
En 1981, alors qu’il prononce un sermon dans la mosquée Abouzar à Téhéran, une bombe explose et le blesse grièvement au bras droit.
Par la suite, Khamenei est élu représentant de Téhéran au Parlement, puis devient président de la République à deux reprises. Après la mort de l’ayatollah Ruhollah Khomeini en 1989, le Conseil des experts l’élit Guide suprême (rahbar).
Depuis lors, il s’est maintenu au pouvoir en restructurant la théocratie islamique et en s’appuyant notamment sur les Gardiens de la Révolution (pasdarans), les fondations révolutionnaires et le système judiciaire, consolidant ainsi son autorité sur les institutions élues.
