Accueil A la une Diomaye Sonko: Les raisons d’un limogeage du premier ministre

Diomaye Sonko: Les raisons d’un limogeage du premier ministre

Le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a mis fin aux fonctions de son Premier ministre, une décision que lui confère la Constitution. Mais sur le plan politique, même si cette décision n’est pas une surprise en raison des différends qui opposaient les deux hommes, il demeure important de rappeler que la personnalité de Ousmane Sonko reste le symbole du régime. C’est grâce à lui et à son influence que Diomaye Faye, jusque-là méconnu du grand public et n’ayant jamais remporté une élection dans son village natal de Ndiaganiao, est arrivé au pouvoir.

Le fait d’avoir été choisi par le président du parti PASTEF, qui avait déjà réussi à faire élire des suppléants aux élections législatives de 2022 ainsi que plusieurs maires lors des élections locales de la même année, a permis à Diomaye Faye d’être porté à la magistrature suprême. D’ailleurs, pour le faire connaître au public, le slogan « Sonko moy Diomaye et Diomaye moy Sonko » (« Sonko est Diomaye et Diomaye est Sonko »), accompagné d’affiches où la photo de Diomaye apparaissait derrière celle de Sonko afin de montrer qu’il était le choix de l’homme charismatique, a permis en 2024 de remporter l’élection présidentielle dès le premier tour avec un score historique de 54 % des voix valablement exprimées.

Mais au-delà du limogeage, les deux hommes avaient de profondes divergences. Alors qu’ils étaient en prison et que le choix de Diomaye comme candidat était déjà officiel, Ousmane Sonko avait refusé toute idée de report de l’élection afin de réintégrer la liste des candidats. Cependant, Diomaye avait commencé à rencontrer certaines personnalités, dont quelques-unes à la moralité controversée, par l’intermédiaire de son petit frère, Mansour Faye.

C’est dans ce cadre qu’Abdourahmane Diouf, chef du parti Awalé et ministre de l’Environnement dans le dernier gouvernement, avait révélé avoir apporté sa participation financière. Selon certaines sources, un pacte moral aurait même été conclu entre lui et Diomaye. Il en serait de même pour Samba Ndiaye, un homme ayant traversé plusieurs régimes politiques et dont la nomination par décret avait suscité des critiques, notamment en raison de son implication passée dans un rapport controversé.

D’autres personnalités auraient également participé à ces rencontres. À sa sortie de prison, Sonko aurait déjà été informé de ces démarches et aurait attiré l’attention de Diomaye en lui demandant d’arrêter les rencontres et audiences discrètes. Mais cela ne servit à rien. Diomaye semblait déjà fasciné par le pouvoir et aurait pris de nombreux engagements.

Une fois au pouvoir, certains de ces engagements, pris à l’insu de son mentor, de son parti et en contradiction avec la ligne politique du projet, devaient être honorés. Ce fut alors le début d’une guerre politique larvée.

Lors des élections législatives de la même année, Sonko, flairant le danger, décida de tourner le dos à la coalition « Diomaye Président » et de présenter une liste propre au nom de son parti, PASTEF. Selon ses proches, il craignait que la coalition n’intègre des alliés opportunistes sans véritable base politique qui, une fois élus, finiraient par abandonner le parti.

Cet acte aurait frustré le président Diomaye, qui refusa alors d’apporter son soutien total à son propre camp. Même les violences enregistrées pendant la campagne contre certains militants de PASTEF furent perçues comme ayant été minimisées. Il fallut la riposte verbale d’Ousmane Sonko après l’attaque de ses militants à Saint-Louis(dans le nord du Sénégal) pour que la justice réagisse finalement. Diomaye, qui commencerait à nourrir des ambitions pour un second mandat, aurait multiplié les manœuvres politiques pour pousser Sonko à la démission. Mais ce dernier refusa de céder et l’invita plutôt à assumer pleinement ses responsabilités.

Après avoir démissionné de son poste de secrétaire général de PASTEF pour se consacrer à ses fonctions présidentielles, Diomaye a voulu ensuite revenir dans les affaires du parti afin de modifier la coordination de la coalition, malgré les contestations sur la légalité d’une telle démarche.

Désormais, les divergences entre les deux hommes semblaient totalement assumées. Lors de la dernière restructuration du parti, Sonko procéda à plusieurs nominations en mettant en avant des militants jugés dynamiques et fidèles au projet. Sachant qu’il redevenait un simple militant à travers cette nouvelle organisation, Diomaye aurait très mal accueilli cette décision.

Furieux, il tint une conférence de presse dans laquelle, à travers un message à peine voilé, il menaçait de se séparer de son Premier ministre, après l’échec supposé d’une tentative de prise de contrôle interne du parti. Il changea alors de stratégie et tenta de construire une réponse politique autour de sa coalition. Un meeting organisé en son honneur à Mbour, son département d’origine situé à environ 100 kilomètres de Dakar, devrait être une démonstration de force politique. Mais selon plusieurs observateurs, cette rencontre fut un échec, poussant même le président à ne pas y participer.

Le lendemain, il s’envola pour le Kenya afin de participer à une rencontre entre la France et plusieurs pays africains. Certains analystes estiment que le président aurait pris des engagements visant à satisfaire les exigences du FMI, de certains hommes d’affaires et de groupes de pression favorables était à une séparation avec Sonko.

Pour ses détracteurs, l’idéologie du projet porté par PASTEF aurait été progressivement dénaturée. La reddition des comptes, notamment sur plus de 5 000 milliards de francs CFA supposément introuvables, les dossiers liés aux personnes assassinées entre 2021 et 2024 ainsi que la question des fonds politiques seraient restés, selon eux, à l’état de promesses non tenues. D ésormais Diomaye sans appariel politique crédible compte diriger le pays dans un contexte économique assez compliqué où le FMI exige la restructuration ce qui entrainerait une hausse du coût de la vie assez compliqué pour l’écrasante majorité de la population.

TV-A

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Quitter la version mobile