Hier, lors des obsèques du général Sadio Camara, désormais ancien ministre de la Défense du Mali, tué dans l’attaque du 25 avril par explosion kamikaze menée par des groupes terroristes à Kati, le général Amadou Haya Sanogo a assisté au dernier hommage rendu au défunt, mort l’arme à la main.
En 2012, le capitaine et ses frères d’armes ont assisté impuissants à l’avancée des terroristes dans le nord du Mali. En moins de six mois, les groupes terroristes du MNLA et du FLA ont progressé à une vitesse fulgurante, s’emparant de plus des deux tiers du territoire. De Kidal, en passant par Anéfi, Gao et Tombouctou, ils sont arrivés à Ménaka, menaçant directement Bamako. Cette situation, humiliante pour les militaires qui ne disposaient ni d’armes ni d’équipements adéquats, a poussé de jeunes officiers à mener le coup d’État de 2012. En effet, Amadou Toumani Touré, alors chef de l’État, a été contraint par Nicolas Sarkozy d’accueillir des combattants touaregs qui se trouvaient aux côtés de Kadhafi. Ainsi, la France aurait promis à ces combattants la création d’un nouvel État dans le nord du Mali, avec Kidal comme capitale en échange d’une trahison contre le guide libyens.
Après leur installation, les terroristes ont noué une alliance avec les rebelles touaregs, soutenus par l’Algérie et la France. Cette situation était d’autant plus humiliante que les militaires se retrouvaient en difficulté face aux terroristes par manque d’équipement. Même dans les camps, l’eau potable faisait défaut. Pour masquer cette réalité, les médias occidentaux ont mené une campagne de communication présentant la France comme un sauveur, alors même que celle-ci exerçait des pressions sur les États de la CEDEAO, rendant la question malienne presque taboue.
Lors d’une rencontre sur la sécurité et la paix tenue à l’hôtel King Fahd Palace, le président Macky Sall avait déclaré ne pas comprendre pourquoi les armées africaines ne parvenaient pas à contrer l’avancée du terrorisme malgré leurs effectifs et leurs équipements. Après cette déclaration, un silence pesant s’était installé. Les chefs d’État connaissaient la réalité, mais l’exprimer revenait à s’opposer aux intérêts français. C’est dans ce contexte qu’Amadou Haya Sanogo, qui exigeait des armes pour ses hommes, a été sacrifié par les présidents africains. Arrêté au palais, il a été traduit en justice et jugé en 2016. La pression de la CEDEAO et la communauté internationale ont obligé Sanogo à transférer le pouvoir au civil Dioncounda Traoré. La situation sécuritaire s’était davantage détériorée, obligeant les autorités maliennes à signer des accords d’un cessez-le-feu avec les groupes rebelles séparatistes consacrant à faire du Nord du pays un État dans un État avec Kidal comme capitale. Des années après l’intervention de la France durant l’opération Serval, ses cadets, les jeunes officiers dirigés par Assimi Goïta, ont été empêchés d’entrer à Kidal par les militaires français, qui n’ont pas hésité à braquer leurs armes sur eux.
Ces compromis entre la France et certains groupes armés, visant à créer un État dans le nord du Mali, seraient à l’origine des accords d’Alger. L’objectif aurait été, dans un premier temps, de mettre en place un territoire autonome avec une armée et une administration parallèles à celles de Bamako, avant une éventuelle déclaration d’indépendance
André BAKHOUM






