Kinshasa, 6 août 2026 – L’Institut de recherche Ebuteli a publié, ce jeudi 6 août 2026, un rapport intitulé Le piège de la tolérance : cuivre-cobalt artisanal dans le Haut-Katanga et le Lualaba, dans lequel il analyse la gestion de l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt par les autorités publiques dans ces deux provinces minières.
Selon l’étude, la tolérance de l’exploitation artisanale en dehors du cadre légal s’est progressivement imposée comme un véritable mode de gouvernance du secteur. Si cette approche permet, selon Ebuteli, d’apaiser temporairement les tensions sociales, elle contribue également à maintenir un climat d’insécurité juridique, à favoriser les prélèvements arbitraires, à exposer les creuseurs à des conditions de travail dangereuses et à alimenter les conflits entre les différents acteurs présents sur les sites miniers. «La tolérance de l’exploitation artisanale en dehors du cadre légal est devenue un mode de gouvernance du secteur», souligne le rapport. Il ajoute que cette situation « entretient indirectement l’insécurité juridique, les prélèvements arbitraires, les conditions de travail dangereuses et les conflits entre plusieurs acteurs autour des sites miniers ».
Le rapport rappelle que l’exploitation artisanale s’est développée dans le contexte de l’effondrement de la Générale des carrières et des mines (Gécamines) et de la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC). Officiellement reconnue depuis 1998, cette activité constitue aujourd’hui une source essentielle de revenus pour des milliers de ménages dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba.
Malgré plusieurs réformes engagées au fil des années, Ebuteli estime que les efforts de formalisation n’ont pas permis de mettre en place un cadre de gouvernance stable. L’institut cite notamment la révision du Code minier, la création du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE), ainsi que celle de l’Entreprise générale du cobalt (EGC), dont les résultats restent jugés insuffisants.
Le document met également en lumière les tensions persistantes entre exploitation artisanale et exploitation industrielle. En principe, la législation congolaise réserve l’activité artisanale aux zones d’exploitation artisanale (ZEA). Toutefois, ces espaces demeurent peu nombreux et souvent inadaptés en raison de leur faible potentiel minéral, de leur accessibilité limitée ou encore du manque d’infrastructures. Cette situation pousse de nombreux exploitants artisanaux à travailler sur des concessions industrielles sans bénéficier de droits clairement établis.
Selon Ebuteli, cette cohabitation conflictuelle nourrit les divergences entre les sociétés minières, qui revendiquent leurs titres d’exploitation, et les exploitants artisanaux, qui mettent en avant leur présence historique sur ces terres ainsi que l’absence d’alternatives économiques viables. Entre ces deux groupes, les autorités privilégieraient fréquemment des arrangements provisoires.
Le rapport observe que « les autorités privilégient souvent des arrangements temporaires favorisant les paiements informels et les abus ».
Face à ce constat, Ebuteli estime que la formalisation de l’exploitation artisanale ne pourra produire des résultats durables sans une approche plus globale intégrant la protection sociale et l’amélioration des conditions de travail des creuseurs.
L’institut recommande notamment la création de zones d’exploitation artisanale économiquement viables, un encadrement effectif des exploitants, une fiscalité adaptée ainsi que le renforcement des mécanismes de protection sociale et de promotion du travail décent. Pour Ebuteli, ces réformes sont indispensables pour sortir d’un système de gouvernance fondé sur la tolérance informelle et instaurer une gestion plus durable et plus équitable du secteur minier artisanal en République démocratique du Congo.
TV-A avec 7sur7
