
Dans un rapport publié lundi 2 mars, l’ONG Badilika a dressé un état des lieux sombre de la situation sécuritaire au Nord-Kivu, où des violences armées ont coûté la vie à plus de 200 civils. Près de 200 000 nouveaux déplacés y ont été enregistrés, principalement dans le territoire de Masisi. L’organisation pointe du doigt une responsabilité partagée entre plusieurs groupes armés actifs dans la province, notamment les rebelles de l’AFC/M23, les ADF, les FDLR ainsi que des éléments issus des groupes dits « Wazalendo ».
Dans cette cartographie de la terreur, le rapport détaille une série d’exactions réparties sur plusieurs zones névralgiques de la province. Selon Manuvo Nguka Patrick, chargé de communication de l’ONG Badilika, chaque secteur subit le diktat d’un groupe armé spécifique. D’abord dans le Territoire de Lubero : le secteur des Bapere est particulièrement endeuillé par des incursions meurtrières attribuées aux ADF. Ensuite dans l’Axe Kanyabayonga–Goma : dans les zones sous influence du M23, l’ONG dénonce des attaques systématiques et des pillages ciblés contre les populations civiles. Et en fin dans la périphérie de Butembo, des cas de tracasseries financières sont imputés aux Wazalendo. Les agriculteurs sont contraints de payer des taxes illégales allant de 5 000 à 20 000 francs congolais pour accéder à leurs champs.
Le monitoring de l’ONG révèle une pratique de plus en plus fréquente dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23 : l’enrôlement forcé. Plusieurs civils auraient été enlevés pour suivre des formations militaires dans les bastions de Tshanzu ou Runyoni. Plus grave encore, le rapport fait état de décès survenus dans des lieux de détention de fortune érigés par des groupes armés, où les conditions de captivité sont jugées inhumaines. «Nous espérons que justice sera rendue pour toutes ces violations. Les parties au conflit doivent impérativement respecter le droit international humanitaire », a martelé Manuvo Nguka Patrick.
Au-delà des pertes en vies humaines, le territoire de Masisi s’enfonce dans une crise humanitaire sans précédent. Avec 200 000 nouveaux déplacés enregistrés en seulement trois mois, les capacités d’accueil sont saturées et l’accès à l’aide alimentaire devient quasi impossible sur certains axes de combat.
L’ONG Badilika appelle la communauté internationale et le gouvernement congolais à renforcer la protection des civils et à engager des poursuites contre les auteurs de ces crimes de guerre qui ne cessent de se multiplier.