Après les attaques américaines et a riposte iranienne, le monde entier a encore gardé son souffle sur la paix fragile qui sévit au Moyen Orient. Face à cette escalade de la violence qui risque de mettre fin au cessez-le-feu précaire, Antonio Guterres a appelé à toutes les parties au calme et mettre fin aux hostilités. Dans le site des nations unies, le SG de l’ONU estime que le Moyen-Orient s’enfonce de plus en plus dans la crise, et les conséquences s’étendent bien au-delà de la région. Cette semaine, poursuit-il, a été marquée par une intensification des attaques et une nouvelle détérioration de la situation. Fort de constat le SG de l’Onu dit craindre vivement que cela ne déclenche une reprise totale du conflit. Guterres dénonce le trop de sang qui a coulé au Liban. «Nous sommes témoins du meurtre de civils. Des communautés entières déracinées, et une démolition massive d’habitations et d’infrastructures civiles dans le sud du Liban. Le déplacement forcé de plus d’un million de civils. Sept soldats de la paix des Nations Unies ont été tués, dont un la semaine dernière. Et le risque, et la réalité, d’une nouvelle escalade persistent » constate-il amèrement. Ainsi il demande à toutes les parties d’œuvrer en faveur d’un règlement diplomatique. Un règlement qui respecte pleinement l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance politique du Liban, à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité dira-t-il.
TV-A
Voici le texte de déclaration prononcée du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, prononcée lors du débat du Conseil de sécurité consacré à au maintien de la paix et de la sécurité internationales, intitulé « promotion de solutions politiques au Moyen-Orient: médiation et dialogue pour une paix durable », à New York, aujourd’hui:
Le Moyen-Orient s’enfonce de plus en plus dans la crise, et les conséquences s’étendent bien au-delà de la région. Cette semaine a été marquée par une intensification des attaques et une nouvelle détérioration de la situation. Je crains vivement que cela ne déclenche une reprise totale du conflit.
L’escalade de la situation au Moyen-Orient a des répercussions au-delà des frontières et sur tous les continents. Elle entraîne des tensions politiques, des déplacements et une insécurité grandissante. Elle a des conséquences pour les marchés et les liaisons commerciales. Elle fait grimper les prix des aliments et du carburant. Et les populations de la région en paient le prix fort. Et les conséquences s’étendent au reste du monde – en particulier aux pays et communautés les plus vulnérables. C’est pourquoi le débat d’aujourd’hui revêt une telle importance.
Monsieur le Président,
Permettez-moi de parler en premier lieu des événements dramatiques qui se déroulent au Liban. Depuis mars, nous assistons à une grave escalade de la situation: Israël a intensifié ses opérations sur le territoire libanais, tandis que le Hezbollah a tiré de plus en plus loin à l’intérieur du territoire israélien. Nous sommes témoins du meurtre de civils. Des communautés entières déracinées, et une démolition massive d’habitations et d’infrastructures civiles dans le sud du Liban. Le déplacement forcé de plus d’un million de civils. Sept soldats de la paix des Nations Unies ont été tués, dont un la semaine dernière. Et le risque, et la réalité, d’une nouvelle escalade persistent. Toutes les parties doivent œuvrer en faveur d’un règlement diplomatique. Un règlement qui respecte pleinement l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance politique du Liban, à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Je soutiens pleinement le monopole du gouvernement libanais sur les armes.
Ce processus doit commencer par un cessez-le-feu global respecté par toutes les parties partout, afin d’alléger les souffrances des communautés des deux côtés de la Ligne bleue. Et j’appelle au maintien d’une présence de personnel des Nations Unies en tenue après le départ de la FINUL, comme je l’ai proposé la semaine dernière dans la lettre que j’ai adressée à ce Conseil.
Je félicite les États-Unis d’avoir facilité des pourparlers entre Israël et le Liban. Et j’espère que la poursuite des négociations contribuera à une paix et à une stabilité durables. Entre temps, j’appelle toutes les parties à mettre en œuvre les accords de cesser-le-feu. Plus d’attaques. Plus d’excuses.
Monsieur le Président,
Nous devons remédier à la crise qui est à l’origine de l’instabilité générale dans la région. Le règlement du conflit israélo-palestinien se fait attendre depuis des décennies. Il est temps de suivre sérieusement la seule voie crédible pour aller de l’avant: La fin de l’occupation et la solution des deux États, qui prévoit que deux États indépendants, souverains et démocratiques – Israël et la Palestine – vivent côte à côte dans la paix et la sécurité à l’intérieur de leurs frontières sûres et reconnues sur la base des frontières d’avant 1967, avec Jérusalem comme capitale des deux États – conformément au droit international, aux résolutions des organes de l’ONU et à d’autres accords pertinents. Retarder ou rejeter cela ne fait que perpétuer l’injustice, alimentant ainsi l’extrémisme dans la région et au-delà. La situation dans le Territoire palestinien occupé – à savoir Gaza et la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est – se dégrade rapidement. Malgré le cessez-le-feu annoncé il y a huit mois, Gaza reste en proie à une profonde incertitude et à d’immenses souffrances humaines. La violence ne cesse de s’intensifier, et des civils sont tués au quotidien. Les opérations humanitaires restent lourdement entravées. Les besoins humains fondamentaux que sont l’eau propre, l’assainissement, l’alimentation, le logement, les soins de santé, et j’en passe, ne sont pas satisfaits. Et le Gouvernement israélien a annoncé qu’il entend contrôler 70% de la bande de Gaza. J’exhorte toutes les parties à appliquer intégralement et sans délai le Plan d’ensemble élaboré avec le concours des États-Unis, du Qatar, de l’Égypte et de la Türkiye. Je rappelle la résolution 2803 du Conseil de sécurité et souligne que toutes les mesures doivent être prises dans le respect du droit international, notamment des résolutions du Conseil de sécurité sur la question.
Je demande également la levée immédiate des obstacles qui compromettent systématiquement la nature et l’ampleur de l’aide humanitaire à Gaza. L’aide humanitaire ne doit jamais servir de monnaie d’échange. Le cessez-le-feu doit être consolidé afin d’ouvrir la voie au relèvement de l’économie et à la reconstruction. Toute solution durable concernant Gaza doit être conforme au droit international et garantir que Gaza et la Cisjordanie – y compris Jérusalem-Est – restent unifiées. Gaza fait partie intégrante d’un État palestinien, et doit le rester. En parallèle, des informations alarmantes nous parviennent de la Cisjordanie occupée. Sur des violences commises par des colons: avec en moyenne six attaques par jour. Des actes de démolition d’habitations, de destruction de fermes et de confiscation de terres. L’expansion incessante des colonies israéliennes illégales. Le déplacement continu de Palestiniennes et Palestiniens à des niveaux jamais vus depuis 1967. La menace d’une tentative d’annexion qui, à l’instar de l’occupation qui dure depuis des décennies, n’aurait aucune validité en droit. Le risque de rendre impossible la solution des deux États – qui est pourtant la seule viable. Le tout, avec la présomption d’impunité. Ces injustices doivent cesser. Les États Membres doivent respecter l’ensemble des obligations que leur impose le droit international. Sans exception.
Monsieur le Président,
Évoquons à présent la région du Golfe, où nous assistons à une situation intenable dans laquelle un cessez-le-feu ressemble davantage à une diminution des combats – comme nous l’avons vu avec l’escalade des attaques et des déclarations au cours des dernières 48 heures. Nous ne devons pas minimiser le risque que des combats de moindre intensité dégénèrent en embrasement généralisé, ou en d’autres termes, la guerre totale. Pendant de longues périodes, des civils et des infrastructures civiles ont été pris pour cible dans plusieurs pays. Toute menace pour la souveraineté nationale ou l’intégrité territoriale constitue une violation du droit international. Par ailleurs, les restrictions imposées aux libertés et aux droits de navigation dans le détroit d’Ormouz et ses environs mettent le monde entier dans une situation difficile et instable. Résultat: les prix de l’énergie grimpent et les chaînes d’approvisionnement sont perturbées. Les engrais deviennent plus coûteux – et la faim se répand. L’inflation bondit et la dette s’alourdit. Et, dans les pays fragiles, le risque de nouveaux conflits augmente. Même dans le meilleur des cas, ces chocs se feront sentir pendant de nombreux mois, et ce sont les pays en développement qui en pâtiront le plus. J’engage toutes les parties à respecter le cessez-le-feu et à redoubler d’efforts pour parvenir à un accord durable. Je tiens à remercier tout particulièrement l’État pakistanais pour sa médiation active. Je salue également les importantes contributions de l’Arabie saoudite, de l’Égypte, d’Oman, du Qatar et de la Türkiye. Le monde a besoin d’un cessez-le-feu complet. Mais aussi du rétablissement des libertés et des droits de navigation, conformément au droit international et à la résolution 2817 du Conseil de sécurité. Et de négociations sérieuses sur les questions nucléaires, afin que le programme nucléaire iranien soit exclusivement pacifique. Il est temps d’envisager une nouvelle architecture de sécurité pour le Golfe, une architecture fondée sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les États, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et une coopération multilatérale renforcée.
Monsieur le Président,
Toute escalade du conflit dans la région jette une ombre sur la Syrie. Après treize ans de violence, la population goûte enfin à la paix. Les membres du Conseil ont pu s’en rendre compte par eux-mêmes lorsqu’ils se sont rendus à Damas il y a six mois. Vous avez vu ce dont cette transition a besoin pour réussir: l’inclusion, l’état de droit, la justice transitionnelle, le dialogue intercommunautaire et la reconstruction sont indispensables. Votre soutien continu en faveur du rôle de l’ONU et du renforcement de sa présence en Syrie nous permettra d’atteindre ces objectifs dans le cadre d’une action unifiée de toutes les entités des Nations Unies. La consolidation de la paix en Syrie passe également par le respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. Les progrès accomplis ne doivent pas être compromis par la poursuite de l’emploi de la force ou une plus grande instabilité régionale.
Monsieur le Président,
Au Yémen, nous avons un exemple récent de médiation en action. Le mois dernier, l’ONU a soutenu un groupe de médiateurs entre les parties afin que celles-ci parviennent à un accord sur la libération de 1 600 personnes détenues dans le cadre du conflit. Cet accord, qui s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de Stockholm de 2018, a constitué le plus important accord de libération depuis le début du conflit. Mais des tensions demeurent. Les menaces que les houthistes font planer sur les libertés et les droits et de navigation dans le détroit de Bab el-Mandab doivent cesser immédiatement. J’engage vivement les houthistes à libérer sans délai et sans condition tous les membres du personnel des Nations Unies, ainsi que les membres des organisations non gouvernementales, de la société civile et des missions diplomatiques, qui sont détenus arbitrairement. Nos collègues doivent pouvoir exercer leurs fonctions en toute indépendance et sans entrave, conformément à la Charte et à la Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies.
Monsieur le Président,
Le dialogue est notre meilleur – et notre seul – espoir de paix. Nous l’avons vu en Colombie, où notre Organisation a eu le privilège d’appuyer un accord de paix durement acquis. Et nous devons le poursuivre partout où sévit un conflit. Au Moyen-Orient. En Ukraine. Au Soudan. Et au-delà. La Charte des Nations Unies nous donne les règles et les outils nécessaires. Le Conseil de sécurité peut mobiliser le monde pour les employer. L’an dernier, dans la résolution 2788, vous avez vous-mêmes exhorté tous les États Membres à utiliser efficacement les mécanismes de règlement pacifique des différends, tels qu’énoncés à l’Article 33 de la Charte.
C’est à ce Conseil qu’incombe la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale, conformément aux buts et principes des Nations Unies, y compris par le règlement pacifique des différends internationaux. Je salue les États Membres, les organisations régionales et les autres acteurs qui, discrètement ou ouvertement, œuvrent au règlement pacifique des conflits à travers le monde. L’Organisation des Nations Unies continuera de fournir une expertise technique et un appui opérationnel pour prévenir et régler les différends, en s’appuyant sur des décennies d’expérience dans ce domaine. Mes bons offices, ainsi que les outils prévus par la Charte pour le règlement pacifique des différends, sont toujours à votre disposition. S’agissant du Moyen-Orient, j’exhorte ce Conseil à peser de tout son poids en faveur de la solution des deux États – seule voie vers une paix juste et durable dans la région. Il n’y a pas d’alternative.
Et il n’y a pas de temps à perdre.
Je vous remercie
