Le tribunal des flagrants délits de Dakar a condamné, ce mercredi, trois militants de Pastef-Les Patriotes poursuivis pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs, à la suite de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Placés sous mandat de dépôt jeudi dernier après leur interpellation par la Division spéciale de cybersécurité (DSC), Mandoumbé Diop, alias Lamignou Darou, Magueye Diaw, dit Oustaz Thiep, et Moustapha Ndiaye, alias Ndiaye Touba, ont été reconnus coupables des faits qui leur étaient reprochés.
En rendant son verdict, le tribunal a condamné Lamignou Darou à trois mois d’emprisonnement ferme assortis d’une amende de 500 000 FCFA. Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont, quant à eux, écopé de deux mois de prison ferme chacun, également accompagnés d’une amende de 500 000 FCFA.
Deux vidéos au cœur des poursuites
Selon l’accusation, les trois prévenus avaient diffusé une première vidéo dans laquelle ils évoquaient un « traître », sans citer explicitement de nom, tout en formulant des vœux de maladie, notamment un accident vasculaire cérébral (AVC), allant jusqu’à souhaiter sa mort.
À la barre, Mandoumbé Diop, commerçant de 36 ans, a reconnu être l’auteur des vidéos projetées à l’audience. Déjà condamné en octobre dernier pour des faits de discours contraire aux bonnes mœurs, il comparaissait une nouvelle fois pour des faits similaires. Les deux autres prévenus, Magueye Diaw, également âgé de 36 ans, et Moustapha Ndiaye, 35 ans, tous deux commerçants, ont reconnu leur participation à la première vidéo tout en contestant les infractions retenues contre eux.
Les juges ont projeté deux enregistrements vidéo au cours de l’audience. La première séquence, tournée lors du Magal de Mbacké Bari le 18 juillet 2026, montre les trois hommes évoquant un « traître » sans nommer le président de la République, mais en tenant des propos lui souhaitant une grave maladie et la mort. Les prévenus ont confirmé avoir participé à cette vidéo.
La seconde vidéo met en scène le seul Lamignou Darou. Dans cet enregistrement, il critique directement le chef de l’État, qu’il accuse notamment de manquer de courage et affirme éprouver de la pitié pour lui parce qu’il aurait été « marabouté ». Il déclare également ne pas souhaiter la réussite du président et revient sur une déclaration de Bassirou Diomaye Faye lors du lancement du parti Kiiraay, estimant que le chef de l’État n’ose pas citer le nom d’Ousmane Sonko. Il affirme par ailleurs ne pas craindre d’exprimer publiquement ses opinions à l’égard du président et ne pas envisager de quitter le pays durant son mandat.
Des déclarations nuancées à l’audience
Au cours des débats, Lamignou Darou a toutefois modifié sa ligne de défense, soutenant qu’il ne faisait que commenter l’actualité et que ses propos ne visaient pas directement le président de la République.
De leur côté, Oustaz Thiep et Ndiaye Touba ont insisté sur le fait qu’aucun nom n’avait été cité dans la première vidéo. Selon eux, leurs propos ne visaient personne en particulier et s’inscrivaient dans le cadre de vidéos humoristiques qu’ils réalisent habituellement.
Interrogé par le procureur sur l’identité du destinataire des vœux formulés dans la première vidéo, Lamignou Darou a répondu qu’ils n’étaient adressés à « aucun destinataire ». Concernant la seconde vidéo, le représentant du ministère public lui a demandé qui était le président de la République. « Il s’appelle Diomaye », a répondu le prévenu. Lorsque le procureur lui a fait remarquer qu’il s’adressait bien au chef de l’État, Lamignou Darou a répliqué : « Non, je ne fais pas partie du Sénégal », suscitant des éclats de rire dans la salle d’audience.
Le parquet évoque une atteinte à l’institution présidentielle
Dans son réquisitoire, le procureur Babacar Bèye a estimé que les propos tenus portaient atteinte à l’institution présidentielle. Selon lui, même si les prévenus cherchent aujourd’hui à minimiser leurs déclarations, « tout le monde sait qui est le véritable destinataire » de leurs propos. Le magistrat a également relevé que Lamignou Darou n’avait manifestement tiré aucun enseignement de sa précédente condamnation.
Le ministère public avait requis un an d’emprisonnement, dont six mois ferme, ainsi qu’une amende de 500 000 FCFA contre Lamignou Darou. Pour Oustaz Thiep et Ndiaye Touba, le parquet avait demandé six mois de prison, dont trois mois ferme, assortis de la même amende.
La défense plaidait la relaxe
Les avocats de la défense ont contesté la qualification des faits.
Me Abdoulaye Tall a dénoncé « une procédure scandaleuse », estimant qu’aucune infraction n’était constituée et que les éléments du dossier ne permettaient pas de caractériser les délits d’offense au chef de l’État et de discours contraire aux bonnes mœurs. Il a sollicité le renvoi des fins de la poursuite.
Me Famara Faty a soutenu que l’infraction de discours contraire aux bonnes mœurs n’était pas caractérisée, affirmant que ses clients réalisaient une vidéo à caractère humoristique. De son côté, Me Takha Cissé a dénoncé une « tentative d’intimidation » et plaidé la relaxe pure et simple des trois prévenus.
Malgré ces arguments, le tribunal a retenu leur culpabilité et prononcé des peines de prison ferme comprises entre deux et trois mois, assorties d’amendes de 500 000 FCFA pour chacun des condamnés.
TV-A
