Le changement de cap du gouvernement dirigé par Al Aminou Lo sur le dossier des Industries chimiques du Sénégal (ICS) suscite de nombreuses réactions. Quelques semaines après le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, l’exécutif semble s’éloigner de la stratégie de renégociation des grands contrats engagée sous son prédécesseur, qui visait à renforcer le contrôle de l’État sur des secteurs jugés stratégiques de l’économie nationale.
Lorsqu’il était Premier ministre, Ousmane Sonko avait annoncé que « l’ensemble des actifs » des Industries chimiques du Sénégal (ICS), contrôlées par le groupe asiatique Indorama, seraient repris par l’État. Il avait également affirmé que la convention liant l’entreprise à l’État ne serait pas renouvelée, dans le cadre d’une politique destinée à redonner au Sénégal une plus grande maîtrise de ses ressources économiques.
Mais le discours officiel a évolué. Invité de la RFM, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, a clairement indiqué que le gouvernement n’envisageait pas une nationalisation des ICS. Selon lui, la priorité est désormais d’augmenter la participation de l’État dans le capital de l’entreprise. «Le gouvernement n’a pas l’intention de nationaliser des industries. Lorsque vous nationalisez des entreprises, vous envoyez un mauvais signal au reste du monde. L’objectif est plutôt de faire passer la part de l’État de 15 % à 30 % du capital », a déclaré le ministre.
Le différend entre l’État et les ICS porterait essentiellement sur des questions fiscales. D’après Serigne Guèye Diop, l’entreprise devrait entre 200 et 250 milliards de francs CFA au Trésor public au titre des impôts, taxes et droits de douane. «Les négociations sont en cours. L’État reste très ferme sur le respect des obligations fiscales. Il est hors de question que certaines entreprises échappent au paiement des impôts, de la TVA ou des droits de douane », a-t-il assuré.
Le ministre a par ailleurs annoncé la volonté du gouvernement de créer une nouvelle société chargée de l’exploitation du phosphate de Matam, inspirée du modèle de l’Office chérifien des phosphates (OCP) du Maroc. Selon lui, cette initiative s’inscrit dans une stratégie de meilleure valorisation des ressources minières nationales. «L’État peut augmenter sa participation dans les ICS à 30 %, mais il n’est pas question de nationaliser l’entreprise », a-t-il conclu.
Au-delà du dossier des ICS, ce revirement est interprété comme un changement d’orientation de la politique économique engagée sous Ousmane Sonko. Les partisans de l’ancien Premier ministre rappellent notamment les mesures visant à récupérer les logements de fonction occupés par d’anciens magistrats et hauts fonctionnaires après leur départ de l’administration.
Ils soulignent également que des décisions judiciaires, notamment de la Cour suprême, ont permis à certains anciens occupants de conserver ces logements, une situation qui alimente les critiques de ceux qui estiment que les anciennes pratiques de gestion des biens publics pourraient perdurer. Pour ces observateurs, ces évolutions marquent un recul des réformes destinées à renforcer le contrôle de l’État sur son patrimoine et ses ressources stratégiques. D’autres, en revanche, considèrent que la nouvelle approche vise à préserver l’attractivité du Sénégal auprès des investisseurs tout en défendant les intérêts fiscaux de l’État
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