À quelques mois des prochaines élections locales, théoriquement prévues en janvier, un silence inhabituel entoure une question pourtant essentielle au bon fonctionnement de la démocratie sénégalaise : la non-publication du décret présidentiel convoquant le corps électoral. Alors que cette situation aurait, par le passé, suscité de vives réactions de la société civile, les principales organisations engagées dans la défense de la démocratie et de la bonne gouvernance brillent aujourd’hui par leur discrétion.
Des structures telles qu’Afrikajom Center, le Forum du Justiciable ou encore le mouvement Y’en a Marre, ONG 3D autrefois très actives sur les questions institutionnelles et électorales, sont quasiment absentes du débat public. Ce mutisme contraste avec les prises de position fermes qu’elles adoptaient lors de précédentes échéances électorales ou face à des décisions jugées contraires aux principes démocratiques.
Au-delà du silence sur le calendrier électoral, c’est également la crédibilité de certains acteurs de la société civile qui est aujourd’hui interrogée. Les positions défendues par certains de leurs membres dans le cadre de la reddition des comptes et de la lutte contre la mauvaise gouvernance ont alimenté la controverse. En prenant publiquement la défense de personnalités mises en cause dans des rapports de contrôle de l’État, ils ont nourri les critiques sur leur impartialité et leur indépendance.
Cette évolution inquiète plusieurs observateurs. Le journaliste Moustapha Diop, directeur de la télévision WalfTV s’est notamment interrogé sur ce qu’il considère comme une transformation profonde de la société civile sénégalaise. Il a publiquement posé la question de savoir : « Qui finance la société civile sénégalaise ? », laissant entendre que certaines prises de position pourraient être influencées par des intérêts extérieurs à leur mission première. Une interrogation reprise par le journaliste-chroniqueur Bira Camara sur le site Seneweb, qui s’est également montré critique à l’égard du rôle actuel de certaines organisations citoyennes.
Pour plusieurs analystes, la société civile semble avoir perdu son rôle traditionnel de vigie de la démocratie. Au lieu d’exercer une pression constante sur les autorités pour le respect des règles institutionnelles et du calendrier électoral, elle est désormais accusée par certains d’adopter une posture attentiste, voire de servir indirectement de bouclier au pouvoir exécutif.
Le respect du calendrier électoral constitue pourtant un principe fondamental dans toute démocratie. La publication du décret convoquant le corps électoral représente une étape juridique indispensable dans l’organisation des élections. Son absence, à quelques mois de l’échéance annoncée, devrait logiquement susciter un débat public nourri et des interpellations de la part des organisations chargées de veiller au respect des principes démocratiques.
Aujourd’hui, force est de constater que ces voix se font rares. Cette attitude traduit un changement de posture qui fragilise la confiance des citoyens envers une société civile dont la légitimité repose précisément sur son indépendance, sa cohérence et sa capacité à défendre les principes démocratiques, quels que soient les acteurs au pouvoir.
À l’approche des élections locales, cette absence de réaction alimente ainsi un débat plus large sur le rôle, l’indépendance et la crédibilité de la société civile sénégalaise dans un contexte où les exigences de transparence, de bonne gouvernance et de respect des échéances électorales demeurent au cœur des attentes des citoyens.
TV-A
