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Sénégal : le secteur rizicole au bord de l’effondrement malgré une production record

Ross-Béthio – Le paradoxe est saisissant. Alors que le Sénégal a considérablement accru sa production de riz ces dernières années dans le cadre de sa politique d’autosuffisance alimentaire, la filière rizicole traverse aujourd’hui une crise sans précédent. Les producteurs de la vallée du fleuve Sénégal, confrontés à d’importants stocks invendus, alertent sur un risque d’effondrement de toute la chaîne de valeur.

Pour atteindre l’objectif d’autosuffisance en riz, l’État a investi d’importantes ressources dans l’accompagnement des agriculteurs, à travers des subventions, des aménagements hydroagricoles et un soutien technique. Ces efforts ont permis d’enregistrer des récoltes abondantes, faisant de la vallée du fleuve Sénégal le principal bassin rizicole du pays.

Cependant, cette réussite en matière de production contraste avec les difficultés de commercialisation. Une grande partie du riz produit localement ne trouve pas preneur, mettant les producteurs, les transformateurs et les commerçants dans une situation financière critique.

Face à cette crise, les producteurs ont organisé une importante manifestation à Ross-Béthio, dans le nord du Sénégal. Ils dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale, en raison des importations massives de riz étranger qui continuent d’alimenter le marché national, malgré l’abondance de la production locale. Les manifestants réclament des mesures urgentes pour faciliter l’écoulement de leurs récoltes et protéger la filière nationale.

Selon les organisations de producteurs, les stocks invendus atteignent des niveaux préoccupants. Environ 37 000 tonnes de riz blanc sont actuellement immobilisées, tandis que 36 000 tonnes supplémentaires restent en souffrance dans le département de Dagana. À ces volumes s’ajoutent près de 294 000 tonnes de riz paddy attendues dans le cadre de la campagne de contre-saison chaude 2026, portant les stocks concernés à près de 400 000 tonnes.

Cette accumulation fragilise l’ensemble de la filière. Les producteurs peinent à rembourser leurs crédits, les commerçants limitent leurs achats et les unités de transformation voient leur activité ralentir. Les professionnels du secteur estiment que plus de 40 rizeries sur les 70 que compte la vallée risquent de cesser leurs activités si aucune solution rapide n’est trouvée.

Les acteurs de la filière appellent ainsi les autorités à mettre en place un plan d’urgence. Ils demandent notamment la régulation des importations de riz, l’achat d’une partie des stocks par l’État, ainsi que des mécanismes de financement destinés à soutenir les producteurs et les transformateurs.

Cette crise met en lumière les défis qui subsistent dans la politique d’autosuffisance alimentaire. Si les performances agricoles ont permis d’augmenter significativement la production nationale, les difficultés liées à la commercialisation montrent que l’atteinte de l’autosuffisance ne repose pas uniquement sur la capacité à produire, mais également sur l’organisation efficace des marchés, la protection de la production locale et le développement de circuits de distribution performants.

TV-A

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