Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a tenu à clarifier sa position et son parcours politique lors de la rencontre du Conseil des leaders de sa coalition, ce samedi à Dakar. Dans un discours empreint de fermeté, le chef de l’État a balayé toute remise en cause de sa légitimité partisane. « Personne ne peut effacer mon travail dans Pastef et aujourd’hui, plus que jamais, je revendique mon appartenance à ce Pastef », a-t-il martelé, rappelant ainsi son rôle central dans la dynamique ayant conduit à l’alternance.
En tant que secrétaire général du parti Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), il avait, sous les directives du président du parti, Ousmane Sonko, participé à l’installation des cellules et à l’implantation du mouvement. Militant discipliné et engagé auprès de son leader, en qui il avait toute confiance, la stratégie d’Ousmane Sonko alors écarté de la course présidentielle lui permettra finalement d’être désigné candidat du Pastef.
Ainsi, la coalition Sonko Président devient la coalition Diomaye Président. Grâce au leadership très charismatique d’Ousmane Sonko, Diomaye, jusque-là peu connu du grand public, accède à la magistrature suprême.
Mais après son élection, le nouveau président, qui disposait pourtant d’un programme clairement affiché, change progressivement de posture. Il convoque les Assises de la justice, dont les conclusions tardent toujours à être appliquées. La traque des « bandits à col blanc » se transforme en simple effet d’annonce. Quant aux promesses de justice pour les personnes tuées ou torturées lors des manifestations politiques, elles semblent aujourd’hui reléguées dans les tiroirs.
L’ancien militant panafricaniste adopte également une posture diplomatique jugée plus conciliante, notamment envers certains dirigeants africains proches de la France, comme Umaro Sissoco Embaló de la Guinée-Bissau, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire ou encore Denis Sassou-Nguesso du Congo. Une évolution qui irrite son mentor.
Comme si cela ne suffisait pas, il le défie publiquement en novembre 2025 en signant un communiqué visant à remplacer Aïssata Mbodj par Aminata Touré, alors même qu’il avait auparavant déclaré vouloir se mettre en retrait de la vie politique partisane. Ce geste sera perçu comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase, révélant aux yeux de l’opinion publique l’existence de divergences politiques entre les deux hommes.
Avec cette nouvelle sortie, Diomaye pourrait être accusé d’avoir enfreint les textes du Pastef, qui stipulent que tout militant créant un mouvement, adhérant à un autre parti politique ou participant à une coalition dont Pastef n’est pas membre s’auto-exclut du parti.
La question reste donc posée : le parti constatera-t-il officiellement cette démission implicite ou choisira-t-il de fermer les yeux, sachant qu’il s’agit du chef de l’État, une fonction qui n’est pas sans poids dans l’équilibre politique du pays ?
Si certains le voit comme un trahison d’autre estiment que Diomaye reste loyal à ses compagnons qui l’ont aidé à gagner le pouvoir. Faute de base légale pour sa propre formation, le candidat de l’époque, Bassirou Diomaye Diakhar Faye avait dû s’appuyer sur la solidarité d’autres forces politiques. Le chef de l’État a tenu à saluer la loyauté des responsables qui ont facilité sa marche vers la présidence. « Des hommes nous ont prêté leur récépissé et ont cheminé avec nous », a-t-il rappelé, soulignant que ces alliances stratégiques ont été le socle de la victoire finale, sans pour autant diluer son identité politique originelle.
