En pleine période de tensions au sein des forces armées, Mahamat Kaka procède à un réaménagement sensible de l’organisation de la Direction générale des services de sécurité des institutions de l’État (DGSSIE), la structure chargée de la protection des institutions et du noyau dur du pouvoir. Un arrêté présidentiel daté du 16 janvier 2026 acte une vague de nominations, de remplacements et de redéploiements au sein du Régiment de commandement et des services (RCS) ainsi que de plusieurs unités rattachées. Officiellement, il s’agit d’une simple réorganisation. Mais dans les cercles sécuritaires, ce type de texte est rarement neutre. Selon plusieurs sources, ce mouvement traduit surtout une méfiance grandissante du chef de l’État envers la DGSSIE elle-même, pourtant censée être son principal bouclier — une structure dont il fut lui-même le chef en 2014.
Le document détaille une architecture complète, allant des bataillons de protection aux unités de transmission, en passant par l’armement, la logistique, le casernement, la santé et les services internes. Cette mécanique s’apparente à un verrouillage institutionnel, où chaque poste devient un point de contrôle, chaque fonction un filtre, chaque affectation une garantie. Mais, selon des sources sécuritaires contactées par TchadOne, Mahamat Kaka ne se contente plus de « réajuster » la DGSSIE : il cherche désormais à la contourner partiellement. Parallèlement à ces réaménagements, il renforce les FIR, des forces réputées plus offensives, plus resserrées et plus directement dépendantes du sommet du pouvoir, utilisées à la fois comme outil de dissuasion interne et comme bras armé opérationnel. Lorsqu’un régime ne sait plus exactement à qui faire confiance au sein de sa propre garde, il multiplie les centres de force, les chaînes parallèles et les unités concurrentes, afin qu’aucune ne puisse concentrer à elle seule une capacité de nuisance.
Plus troublant encore, des sources de TchadOne affirment que les relations entre Mahamat Kaka et son oncle, le général Oumar Déby Itno, patron de la Réserve stratégique, se sont nettement dégradées. Or, la Réserve stratégique constitue le bras logistique et le nerf matériel de l’appareil sécuritaire, un levier décisif dans l’équilibre interne de la DGSSIE. Lorsque la confiance se fissure à ce niveau, c’est tout le socle du dispositif qui devient fragile, car la logistique conditionne la capacité de tenir, de déployer, de protéger et de contrôler. Cette dégradation, combinée au renforcement des FIR et au réaménagement précipité de la DGSSIE, dessine une même réalité : le pouvoir n’est plus seulement sous pression extérieure, il est désormais sous tension intérieure.
Pour rappel, la DGSSIE est une force d’élite qui bénéficie d’un traitement de faveur en matière de salaires, d’équipement et d’entraînement par rapport au reste de l’Armée nationale tchadienne (ANT). D’après un rapport de l’Institut Thomas More, le budget de la DGSSIE s’élevait en 2014 à 42 milliards de francs CFA, contre seulement 9 milliards pour l’ensemble de l’armée. Elle est placée sous le contrôle direct de la Présidence — et non du chef d’état-major — et ses éléments sont majoritairement recrutés parmi les Zaghawas, en particulier les Bideyat, ainsi que, dans une moindre mesure, parmi les Goranes et les Arabes.
