La politique migratoire de l’administration de Donald Trump ne laisse plus indifférentes de nombreuses personnalités américaines. Après la mort de deux personnes, Renée Good et Alex Pretti, abattues par des agents de l’ICE, des vagues de manifestations de plus en plus intenses ont éclaté à Minneapolis et dans plusieurs villes des États-Unis. Cette fois-ci, ce sont des voix majeures qui se sont élevées pour appeler les Américains à réagir face aux attaques qu’elles jugent contraires aux valeurs fondamentales des États-Unis. Il s’agit à en croire aux confréres de l’APF de deux anciens présidents américains et figures du Parti démocrate : Barack Obama et Bill Clinton.
« Il revient à chaque citoyen de s’élever contre l’injustice, de protéger nos libertés fondamentales et de demander des comptes à notre gouvernement. Depuis des semaines, des citoyens à travers le pays sont, à juste titre, indignés par le spectacle de recrues masquées de l’ICE et d’autres agents fédéraux agissant en toute impunité, avec des tactiques qui semblent conçues pour intimider, harceler, provoquer et mettre en danger les résidents d’une grande ville américaine », a écrit l’ancien président Barack Obama. Ce dernier critique également Donald Trump et son administration, qu’il accuse d’aggraver la situation au lieu d’imposer discipline et responsabilité aux agents déployés sur le terrain.
Dans le même sillage, l’ex-président démocrate Bill Clinton (1993-2001) a exhorté, dimanche, les Américains à se lever, à s’exprimer et à dénoncer les scènes qu’il qualifie d’horribles à Minneapolis, où deux citoyens américains ont été tués par la police. « Il appartient à tous ceux d’entre nous qui croient en la promesse de la démocratie américaine de se lever et de s’exprimer. L’administration Trump nous a menti », a dénoncé Bill Clinton à propos de ces deux décès.
Trump accuse les démocrates
De son côté, Donald Trump a imputé dimanche la mort de ces deux Américains aux dirigeants démocrates des villes et des États refusant de se conformer à sa politique de répression de l’immigration. « Malheureusement, deux citoyens américains ont perdu la vie à cause de ce chaos provoqué par les démocrates », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social.
« Le maire et le gouverneur poussent à l’insurrection avec leur rhétorique pompeuse, dangereuse, et arrogante », a-t-il accusé, en appelant à laisser la police de l’immigration « faire son boulot ».
L’administration Trump avait un peu plus tôt défendu les actions d’agents fédéraux qui ont tué l’infirmier américain de 37 ans, deux semaines après la mort de Renee Good dans la même ville et dans des conditions similaires. Comme elle l’avait fait après la mort de Renee Good, l’administration Trump a immédiatement rejeté la faute sur Alex Pretti. « On ne peut pas s’en prendre aux forces de l’ordre dans ce pays sans en subir les conséquences », a dit sur la chaîne Fox News le directeur du FBI, Kash Patel. Et la ministre de la sécurité intérieure, Kristi Noem, a accusé Alex Pretti de « terrorisme », car il s’apprêtait, selon elle, à mettre en danger les agents avec un pistolet dont les autorités ont publié une image.
Une analyse par plusieurs médias de plusieurs vidéos de l’événement semble pourtant contredire cette version. Les images montrent Alex Pretti plaqué au sol, avec autour de lui plusieurs agents tentant de le menotter, sur un sol verglacé. Quelques secondes plus tard, alors qu’un agent vêtu de gris semble retirer une arme au niveau de la taille d’Alex Pretti, alors agenouillé et penché en avant, avec plusieurs policiers au-dessus de lui, un coup de feu est tiré. Les agents s’écartent brutalement et tirent alors plusieurs fois à distance sur son corps inanimé. Au moins dix coups de feu sont entendus.
Un millier de manifestants
Dimanche, à Minneapolis, de nombreuses personnes se sont recueillies dans un froid glacial devant un mémorial de fortune dressé en mémoire d’Alex Pretti, sur le lieu des tirs. Dans le centre de cette ville d’un peu plus de 400 000 habitants, près d’un millier de personnes se sont rassemblées à la mi-journée en hommage à l’infirmier et contre les actions des forces de l’ordre fédérales, a constaté un photographe de l’Agence France-Presse.
Dans un communiqué, les parents d’Alex Pretti ont accusé l’administration Trump de répandre « des mensonges écœurants » sur leur fils, « un être au grand cœur ». De nombreux élus de l’opposition ont exprimé leur colère face aux allégations de l’administration Trump. Dimanche, sur CNN, le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a ainsi accusé les responsables républicains d’être des « menteurs éhontés ». « Cela devrait faire flipper le grand public américain que l’administration Trump mente de manière si facile », a-t-il ajouté.
Le gouverneur du Minnesota, le démocrate Tim Walz, avait réclamé samedi que l’enquête soit chapeautée par les autorités locales, et non fédérales. « On ne peut pas se fier à l’Etat fédéral », a-t-il affirmé, avant d’accuser la police de l’immigration (ICE) de semer « le chaos et la violence ». Dans une décision samedi soir, un juge fédéral a par ailleurs ordonné à l’administration Trump de préserver les preuves liées à la mort d’Alex Pretti.
« De quel côté voulez-vous être ? Du côté d’un gouvernement fédéral tout puissant qui peut tuer, injurier, menacer et kidnapper ses citoyens dans la rue ? Ou du côté d’un infirmier qui est mort en témoignant des agissements de ce gouvernement et d’une mère de famille dont les derniers mots ont été “Je ne suis pas en colère contre vous” ? », a interrogé Tim Walz au cours d’une conférence de presse dimanche.
« Vous avez le droit de décider que vous ne soutenez plus ça » même « si vous avez voté pour cette administration, même si vous pensiez que l’opération [de la police de l’immigration] était une bonne idée. Vous avez toujours le droit de dire : “Ce n’est pas ce pour quoi j’ai voté et pas ce que je veux” », a poursuivi l’élu. « Ce n’est plus un débat politique. C’est un débat moral », a-t-il ajouté.
Malgré la mort de l’infirmier, le haut responsable de la police aux frontières Gregory Bovino a soutenu dimanche sur CNN que « les victimes, ce sont les agents ». Le responsable a également vanté « la formation fantastique » et le « super boulot » des agents qui « ont empêché de possibles tirs contre les forces de l’ordre ».
Le Monde avec AFP
