Le président du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), Domingos Simões Pereira, a été remis en liberté provisoire à la suite d’une décision du Tribunal régional militaire de Bissau. Les autorités évoquent des motifs humanitaires, mais c’est plutôt une manœuvre politique destinée à écarter durablement l’un de ses principaux dirigeants.
Par une décision rendue le 22 juillet 2026 (Juízo de Instrução Criminal, Processo n° 1/2025), le Tribunal régional militaire de Bissau a ordonné la suspension, pour une durée de trois mois, de la détention provisoire de Domingos Simões Pereira, président de l’Assemblée nationale populaire et figure majeure de la vie politique bissau-guinéenne.
Le juge militaire a justifié cette mesure par des considérations humanitaires, compte tenu de l’état de santé de l’ancien Premier ministre. Quelques heures après sa libération, celui-ci a quitté la Guinée-Bissau pour le Portugal, où il doit recevoir des soins médicaux. Pour cause, les infrastructures sanitaires nationales ne disposent pas des capacités techniques nécessaires pour assurer sa prise en charge.
Cette décision intervient toutefois dans un contexte politique particulièrement tendu. Cette libération n’est rien d’autre que le résultat des pressions exercées par la communauté internationale après la crise politique née de la contestation du processus électoral. Selon cette lecture, le président Omarou Cissokho Mballo aurait organisé un coup de force institutionnel afin de conserver le pouvoir, malgré les résultats provisoires donnant Fernando Diaz Da Costa vainqueur de l’élection présidentielle.
Dès lors, cette remise en liberté ne constitue pas un geste d’apaisement, mais plutôt un cadeau empoisonné. En effet, la décision judiciaire assortit la suspension de la détention de plusieurs restrictions, notamment l’interdiction faite à Domingos Simões Pereira d’exercer toute activité politique ou partisane pendant la durée de la mesure, sous peine d’être immédiatement réincarcéré.
Dans un communiqué, le PAIGC dénonce une atteinte grave aux libertés fondamentales. «L’obligation faite à M. Domingos Simões Pereira de s’abstenir de développer toute activité politique ou partisane sous peine de réincarcération constitue une violation flagrante des droits civils et politiques garantis par la Constitution de la République de Guinée-Bissau et les instruments juridiques internationaux. Loin de s’inscrire dans une démarche de justice ou d’apaisement, cette mesure s’apparente à une véritable mise à mort politique visant à museler l’opposition et à neutraliser un leader démocratiquement élu », affirme le parti.
La formation politique estime que cette décision répond davantage à une stratégie de communication qu’à une véritable volonté de justice. «Cette décision humanitaire de façade ne trompe personne. Elle s’inscrit dans une stratégie calculée des autorités de fait visant à contourner la vigilance, l’attention et les sanctions potentielles de la communauté internationale, à offrir une apparence de clémence tout en maintenant un contrôle judiciaire arbitraire et à écarter définitivement des acteurs clés du processus démocratique guinéen », poursuit le communiqué.
Pour les responsables du PAIGC, les conditions imposées à leur leader confirment la volonté des autorités de limiter son influence politique au moment où le pays traverse l’une des crises institutionnelles les plus profondes de son histoire récente. Ils appellent la communauté internationale à rester vigilante face à l’évolution de la situation politique en Guinée-Bissau et à poursuivre ses efforts en faveur du respect de l’État de droit et des libertés démocratiques.
TV-A
