Mamady Doumbouya, l’actuel président de la Guinée, est arrivé au pouvoir par les armes après avoir renversé son bienfaiteur, Alpha Condé, lors d’un coup d’État en 2021. Depuis, il s’est installé confortablement au pouvoir et règne en maître absolu. Franco-guinéen, Doumbouya a servi dans la Légion étrangère française, où il a atteint le grade de caporal en 2009. Ce n’est qu’en 2012 qu’il est repéré par un proche d’Alpha Condé, à la recherche d’un homme de confiance dans un contexte marqué par des tensions ethniques et communautaires. Après son recrutement, il suit plusieurs formations avant de se voir confier les forces spéciales avec le grade de colonel, un corps d’élite surarmé.
Après le coup d’État, l’homme règne sans partage. Certains observateurs le comparent à un «Mobutu des temps modernes ». Alors qu’il avait promis de remettre le pouvoir aux civils à l’issue de la transition, le putschiste semble avoir pris goût aux délices du pouvoir. Il s’attaque à toute forme d’opposition en Guinée, contraignant nombre d’opposants à l’exil. Ceux qui restent voient souvent leur sort scellé. C’est ainsi qu’a débuté une série de disparitions dont le nombre exact reste inconnu du grand public. La mort d’Aboubacar Toumba Diakité n’est, pour certains, que la goutte d’eau qui fait déborder le vase. En Guinée, les opposants sont désormais contraints soit de s’exiler, soit de disparaître.
Plusieurs opposants enlevés ont fini par disparaître, certains étant torturés à mort. Parmi les cas connus, on peut citer Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, et Mamadou Billo Bah, arrêtés le 9 juillet 2024 et dont on est sans nouvelles depuis. Deux ans après leur arrestation par les forces spéciales, ils restent introuvables. En septembre 2025, deux militants de l’UFDC, Mamadou Bori Baldé et Abdoulaye Diallo, ont été enlevés respectivement à Nongo et à Bambéto, à la veille d’une manifestation violemment réprimée par les forces de l’ordre. Un an plus tard, aucune trace de vie n’a été retrouvée.
La presse n’a pas été épargnée. Le 3 septembre 2024, Habib Marouane Kamara, journaliste et fondateur du site lerevelateur.com, a été enlevé après avoir dénoncé une volonté de confiscation du pouvoir. Il demeure, à ce jour, introuvable. La liste est loin d’être exhaustive. En septembre 2025, Adama Keïta, père du journaliste exilé Babila Keïta, a été enlevé à Zérékoré. Son seul tort serait d’avoir un fils critique du régime. Depuis, il reste introuvable.
Après avoir muselé la presse, le pouvoir s’en prend également au monde de la culture. Le blogueur Alpha Ousmane Diallo a été enlevé en novembre 2024 à Kobaya par des hommes lourdement armés. Le griot Djélimane Kouyaté a subi le même sort en juin 2025. Déjà en 2023, le féticheur Mofasori Dounou avait été porté disparu, sans jamais être retrouvé.
Dans cette traque des voix discordantes, Doumbouya, lorsqu’il ne parvient pas à atteindre sa cible, s’en prend à ses proches. Comme dans le cas de Babila Keïta, cette stratégie a été appliquée à l’artiste et activiste Élie Kamano, contraint à l’exil. Sa famille a été arrêtée : ses enfants, Faoulane et Robert, ainsi que son jeune frère Saafoumba, gendarme, ont été enlevés. Au début de l’année 2026, Sékou Kamara, fils d’un responsable de l’UFDC, a également été enlevé à Bentourayah.
Doumbouya apparaît ainsi, pour ses détracteurs, comme un dirigeant autoritaire qui gouverne par la peur, à l’instar de figures comme Bokassa, Idi Amin Dada ou Mobutu. Récemment, des militaires sierra-léonais ont été arrêtés et humiliés à la frontière par les forces armées guinéennes, sur fond de tensions frontalières. Aujourd’hui, les 40 partis politiques les plus représentatifs de Guinée ont été dissous. La population guinéenne est confrontée à une situation politique de plus en plus tendue.
Qui sera le prochain sur la liste ?
André TV-A
